Archives de Tag: société

La ville des serpents d’eau

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iurBrigitte Aubert fait se dérouler son histoire à Ennatown, la « ville des serpents d’eau » en langue iroquoise. Il y a 15 ans 5 fillettes ont été enlevées, tuées et larguées dans un lac, toutes ont été retrouvées sauf une. C’est la veille de Noël et toutes les familles bourgeoises du Comté s’apprêtent à fêter l’événement mais nous , lecteurs, nous savons que l’une de ces petites filles n’est pas morte et a même eu un enfant de son ravisseur dont elle est devenue l’esclave sexuelle. Elle parvient à faire s’évader sa petite fille agée de 6 ans et qui erre dans la ville, trouvant refuge auprès d’un grand noir, débile léger et SDF. On croit d’abord tout savoir de qui est le Noyeur mais c’est sans compter sur le désir de l’auteure de ne pas nous conforter longtemps dans cette position de force. Tout en sachant plus que les personnages que nous voyons se débattre dans leurs hypothèses, on est obligés, nous lecteurs, de réviser nos conjectures qui s’avèrent fausses , elles aussi. Un numéro réussi de suspense où le lecteur est pris en otage, un temps reserré de tragédie ( 1 jour, la veille et le jour de Noël), une langue directe et efficace, des allusions au contexte social des Etats-Unis aujourd’hui , de l’american way of life empreint de superficialité et d’argent qui laisse de côté les exclus (un flic révoqué, des noirs, des indiens autochtones).
Je suis morte il y a treize ans.
J’avais 6 ans.
On m’a retrouvé noyée dans le lac, sous la glace, pas très loin de la maison.Les poches de ma robe étaient bourrées de pierres.
Les poissons avaient dévorés mes doigts et mon visage.
On m’a identifiée à ma taille et à mes vêtements.
Mon joli anorak rose. Mon sac à dos Scooby-Doo.
On m’a enterrée un après-midi de Janvier. Il neigeait.
Sur ma tombe, il y a gravé « Susan Lawson 1992-1998, à notre cher petit ange. »
Quand le cercueil est descendu dans le trou, ma mère s’est mise à hurler.Mon père s’est évanoui.

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Femmes et sport

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serveimage-15Maylis de  Kérangal 2009.
L’auteur aime mélanger les styles et le thème qui l’inspire beaucoup c’est le sport . Elle écrit plusieurs livres sur le sport, au moment où elle écrit d’autres textes, d’autres romans, comme dans les rapides et corniche Kennedy. Elle poursuit l’exploration du motif sportif en le déplaçant sur le terrain du genre : femmes et sport écrit en 2009. Ce livre s’interroge sur l’émancipation des filles par le sport mais aussi le renouveau du sport,ses pratiques, ses représentations. Ces filles sportives, ce sont aussi ses héroïnes.

Histoire couleur terre Tome 3

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Histoire couleur terre Tome 3

Après le départ forcé de son amoureux, Ihwa découvre la solitude et le manque. La vie au village suit son cours, mais pour la jeune fille le cœur n’y est plus. Heureusement, Deok-sam finira par venir, bien décidé à épouser notre belle héroïne.
Double hommage aux femmes et à un monde campagnard traditionnel qui a cessé d’exister, histoire couleur terre dégage une grande impression de sérénité. En refermant ce troisième et dernier volume, un véritable apaisement envahit le lecteur. Kim Gon-hwa a le talent pour aborder des thèmes universels avec la plus grande fraîcheur.8

Celui qui revient

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Très belle découverte que cette auteure coréenne Han Kang née en 1970 à Gwangju.
Ce livre rapporte les faits qui se sont déroulés à Gwangju en Mai 1980 : Tout commence le 26 Octobre 1979 avec l’assassinat du président Parker Chung-hee par le chef de la Korean Central IntelligenceAgency (KCIA), c’était un militaire dictateur, alors les Coréens entrevoient l’espoir démocratique. Mais l’espoir est de courte durée : le 12 Décembre 1979, une junte militaire menée par le général Chun Do-hwan s’empare du pouvoir, le 17 Mai 1980, la loi martiale est renforcée. Des troupes paramilitaires prennent possession de toutes les grandes villes,les universités sont fermées. A Gwangju,bastion politique de l’opposition, les étudiants réclament la réouverture de l’Université de Chonnam. Le 18 Mai 1980, ils manifestent dans les rues de Gwangju. Face aux brutalités militaires, la population crée une milice ,prennent les armes et créent l’armée des citoyens de Gwangju. Le 27 Mai, 5 divisions sont lâchées sur la ville. 90 minutes plus tard,le soulèvement démocratique est écrasé dans un bain de sang. Au total 4369 personnes blessées ou arrêtées . 154 morts, 74 disparus. Ceux qui ont été arrêtés ont été torturés et jugés.
L’histoire de ce livre se passe lors de ces jours deMai 1980. Différents chapitres évoquent un groupe de jeunes qui résistent aux militaires et qui identifient les corps des tués pour les rendre aux familles. Puis 10 ans après,dans une maison d’édition, une jeune femme travaille sur un texte censuré, puis 20 ans après ce livre s’écrit. La structure fait passer le lecteur d’une époque à une autre , d’un narrateur à un autre, d’une conscience à une autre : on est au cœur du tourment que ces âmes ont enduré ou endurent quand elles ravivent des souvenirs douloureux. Ce livre est aussi l’occasion pour son auteur  d’évoquer les idéologies autoritaires qui ont présidé à la mise en place de la démocratie coréenne (dans les usines notamment et le mouvement syndicaliste ouvrier) .Le point de vue alterne les « tu », les « vous »,les « je » comme si l’instance  suprême était l’écrivain qui par cette mise en distance, éclaire le rapport à sa propre conscience, comme si le personnage se parlait à lui même , comme si l’auteur faisait revivre ses personnages morts, leur redonnait le pouvoir de témoigner. Mais aussi comme si les personnages dotés d’une vie autonome s’adressaient à l’auteur pour lui dire leur souffrance à se souvenir , à mettre des mots sur les drames.
Sur une trame historique, j’ai adoré le style de l’auteur pur et éthéré empreint de bouddhisme (l’importance de la nature,la réincarnation des âmes mortes…).
Le titre peut s’expliquer aussi par le fait que  le soir du 18 Mai 1980,les forces militaires avaient prévu d’attaquer la préfecture où les corps étaient entreposés pour les faire disparaître et pour  tuer les résistants; seuls quelques résistants avaient décidé de revenir aider dont Tongho: il est revenu malgré  l’insistance de sa mère.

Quiz show

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Roman étrange que celui de Kim Young-ha que l’on aurait tendance à classer dans les romans réalistes tant il nous montre la société coréenne dans ce qu’elle a de plus dramatique: Minsu, un jeune homme, se retrouve après la mort de sa grand-mère dans le dénuement et il refuse d’entrer dans une vie conventionnelle, il pourrait choisir cette voie car il a des diplômes. Mais,par refus des compromis que lui imposerait une telle existence, il occupe son temps à surfer sur le net et  à regarder des émissions de jeu à la télévision. C’est alors que l’on bascule dans le roman d’anticipation: il va rejoindre ce monde parallèle et s’entraîner dans un lieu dissimulé au commun des mortels, au sein d’une équipe de gens aussi étranges que lui. Mais il s’avère que c’est aussi un monde implacable  et fascinant, car c’est un monde virtuel qui  isole et qui fait perdre toute notion de véritable relation humaine ou sentiment. Minsu s’en sortira t-il à temps ?
Ecrit à la première personne, nous sommes dans la conscience de ce jeune homme, nous n’avons de la réalité qu’une vue partielle et partiale,c’est ce qui donne le vertige. C’est un livre qui se lit bien et facilement. Une belle métaphore de la société hyperconnectée coréenne qui peut rendre les gens fous.

A girl at my door

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serveimage-1Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un film coréen qui fait partie de ma découverte de la Corée. C’est un film de July Jung sorti en 2014.

Une jeune commissaire de police de Séoul est mutée dans une bourgade par mesure disciplinaire. Elle devient la protectrice d’une adolescente battue par son père, le principal employeur du coin… Ce premier film, réalisé par une protégée de Lee Chang-dong (Poetry), démarre bien. Une discussion pas piquée des vers avec une mamie et la ­rencontre avec des flics ahuris laissent augurer un mélange de thriller et d’humour noir dans la lignée de Memories of murder, de Bong Joon-ho.

La suite est plus convenue, avec le récit de l’affection croissante de la policière homosexuelle pour la petite Dohee, sous le regard réprobateur d’une communauté rurale pleine de préjugés. Mais la réalisatrice sait passer avec aisance de la violence à une grande délicatesse. Et la conclusion très amorale de l’histoire, qui voit le père cogneur arrêté pour le seul crime qu’il n’a pas commis, est plutôt gonflée… Beaucoup de non-dits et une très belle interprétation: on dirait que les coréens passent leur temps à boire du Soju...

Pour voir un extrait:
http://www.telerama.fr/cinema/films/a-girl-at-my-door,491950.php

Le vieux Jardin

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serveimage-1 Continuant ma découverte de la littérature coréenne, je vais parler de l’auteur reconnu Hwang Sok-Yong, pressenti pour être un futur prix Nobel et de son livre Le Vieux Jardin que Yves m’a offert pour mon anniversaire.
C’est l’histoire d’un opposant politique en Corée du Sud qui est arrêté après le 18 Mai 1980, date marquante en Corée du massacre de Kwangju, chef-lieu du Chôlla-Sud, province du sud-ouest. Cette date marque la fin du printemps de Séoul , nom donné à la vague de contestation née après l’assassinat du dictateur Park Chung-Hee le 26 Octobre 1979. Cette mort avait fait naître un espoir de démocratie mais son successeur Chôn Tuhwan réprima sauvagement ce qui n’était au départ qu’une simple manifestation. C’est donc l’histoire de O Hyônu libéré après 18 ans de prison et qui apprend que la femme qu’il a aimée est morte. Elle lui a laissé des lettres , son journal, des carnets de dessin : il n’a vécu que quelques mois d’idylle à Kalmoe avec Han Yunhi et le livre est à la fois l’histoire de cette femme qui a toujours attendu son fiancé, mais qui a eu un itinéraire mouvementée de femme artiste-peintre, mère célibataire, femme engagée qui se retrouve à Berlin qui moment de la chute du mur. C’est une narration distanciée du fait qu’elle est à deux voix, dont celle d’un homme vieillissant qui sort de prison et qui raconte l’idéalisme d’une jeunesse et l’utopie de trouver « ce vieux jardin », l’utopie d’une île introuvable, d’un monde meilleur. Et Hwang Sok-Yong qui essème dans son livre , des éléments autobiographiques (Kwangju, Berlin, prison…) quand il voit son pays la Corée coupée en deux et le Sud gagné par le capitalisme et les influences japonaises ou américaines écrit:

Lorsque je pense aux souffrances, au gâchis et aux désepoirs qu’a engendrés le siècle dernier, je me pose la question que d’innombrables personnes ont déjà posée: y a t-il encore de l’espoir ?
Tant qu’il reste possible de s’interroger ainsi, tout peut recommencer.
Je salue après un long silence les gens que j’aime, mes amis, et je les invite à marcher à mes côtés.

L’autre voix , celle de Yunhi, restée dehors, est le témoin  des bouleversements majeurs de la deuxième moitié du XXème siècle. Alors qu’elle ne peut que vivre et peindre, elle subit la fatalité d’une époque qui a broyé son père et son amour et la condamne à la solitude et à la tristesse. C’est aussi à travers son regard que nous découvrons plusieurs portraits d’hommes tout aussi forts que divers comme Song Yôngt’ae ou Yi Hisu. Elle dit dans le livre:

Voyager, c’est si futile ! On ne fait que frôler la terre, les maisons et les villages, comme le vent. Et pourtant ce chemin qui traversait le continent me rapprochait peu à peu de mon enclos. De mon propre pays dont le corps était couvert de blessures ouvertes, indifférent à ces fantastiques changements depuis qu’il avait été coupé en deux au niveau de la taille et que d’innombrables personnes s’étaient sacrifiées à un rêve.

Il a été tiré un film , pas très bon à mon goût, de facture trop hollywoodienne pour faire ressentir la complexité des rapports humains et  du contexte historique.

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