Archives de Tag: russie

Tangente vers l’est

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serveimage-11Maylis de Kérangal  raconte la rencontre improbable d’Aliocha, jeune conscrit russe qui prend le transibérien à Moscou pour rejoindre son lieu d’affectation et d’Hélène, jeune femme française.
Comme cela se passe tous les ans  au mois d’avril, les jeunes hommes russes sont obligés de partir faire leur service militaire , et de faire la guerre si la Russie entre en conflit. Donc, beaucoup de jeunes russes ne veulent pas y aller et cherchent à se faire réformer car en plus, de nombreux cas de sévices physiques, sexuels ou psychologiques entachent l’armée russe. D’ailleurs, après le martyre du soldat Sytchev, un comité des mères de soldats, avec à sa tête Valentina Melnikova aide les jeunes et dénonce les abus de l’armée couverts par l’état. L’idée de la désertion va germer dans l’esprit d’Aliocha et se retrouvant par hasard dans le même compartiment qu’Hélène pour se cacher, un curieux concours de circonstances va les rassembler dans leur fuite.
Texte de commande pour France Culture, Maylis de Kérangal avait été invitée comme une dizaine d’écrivains à monter dans le Transibérien et à écrire son journal de bord, journal qui serait diffusé sur les ondes pendant une semaine à raison de 5 X 30 minutes. Donc ce texte , d’abord destiné à être lu à la radio devait durer 2h30. Donc c’est un texte court et oral que Maylis de Kérangal a quand même retravaillé jusqu’à en transformer le titre, il s’appelait en version radio Lignes de Fuite.

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Les Trois Soeurs

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trois-soeurs     Trois soeurs       les3soeurs1

Recluses dans leur maison familiale, Olga, Macha et Irina n’ont qu’un rêve: retourner à Moscou. La présence d’une batterie et de ses officiers dans leur petite ville de province change, pour un temps, le cours de leur vie: Macha, victime d’un mariage précoce, s’amourache du commandant , Olga trouve un regain d’énergie dans son travail de directrice d’école, et Irina se fiance à un lieutenant. Mais bientôt, avec le départ des troupes et la mort en duel du fiancé d’Irina, la solitude revient, d’autant plus pesante qu’elle est dépouillée d’illusions. Et, de surcroît, la maison a été hypothéquée, à l’insu des trois soeurs par le frère Andreï qui a des dettes de jeu.

Mise en scène en 2013 par Christian Benedetti, cette troisième pièce de Tchekov conserve une mise en scène dépouillée, mur blanc au fond, poteaux, balançoire à l’image de l’ennui et du désoeuvrement délimitant l’espace. Espace scénique renversé puisque les comédiens entrent et sortent par les allées empruntées par le public pour rentrer dans la salle , comme si la salle et les spectateurs toujours plus ou moins éclairées faisaient partie de la pièce, de la vie de cette famille bourgeoise russe de la fin du XIXème siècle. Seule différence, les militaires sont en costume d’époque, il y a des robes, puis des pantalons pour les trois soeurs. En ce qui concerne les objets, on remarque une horloge placée en face des spectateurs qui, en plus des premières répliques, d’un accéléré étonnant, nous  embarque dans un monde qui se précipite vers sa disparition. La course contre le temps est une course à la fois contre et vers la mort, et la parole est à elle seule une lutte pour la vie. L’émotion du final avec le regard des trois sœurs plongé dans le nôtre pour dire, comme d’une seule voix, leurs espoirs perdus, reste encore vive. « Il faut vivre »!

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Oncle Vania

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Image             Oncle-Vania-Benedetti

Le vieux professeur Sérébriakov est venu se retirer à la campagne, dans la maison de sa première épouse. Cette arrivée perturbe la vie paisible de Sonia, la fille du professeur, et d’oncle Vania, qui à eux deux exploitent tant bien que mal le domaine. D’autant que l’attention des proches, y compris celle de Vania, se cristallise bientôt sur Eléna, la seconde et très désirable épouse.

Christian Benedetti monte les pièces de Tchekov dans l’ordre chronologique et toujours d’une manière particulière assez efficace , je l’avoue, mais peut-être à force se rapprochant du procédé systématique : La version de Benedetti est d’une parfaite efficacité. Les acteurs débitent le texte à grande vitesse, à la manière des répétitions à l’italienne, entièrement centrées sur la mémorisation et la diction. Tout pour l’action : quand Astrov le médecin – que joue Benedetti – tente de séduire Elena, la seconde épouse du professeur Serebriakov (Florence Janas), il la saisit violemment par la nuque comme pour la forcer à une fellation. Un rythme cinématographique semble sous-tendre cette mise en scènes : car à côté du débit rapide de nombreuses « pauses » émaillant le texte de Tchekov sont représentées par des arrêts sur images où les personnages figés « attendent » la remise en marche de la machine, procédé un peu trop systématique à mon goût. Sur scène, presque rien , une table, des chaises savamment disposées, un samovar, un mur gris délimitant un espace  de jeu éclaté, enfin on dirait une vie contrainte mais une vie où tout serait possible, les personnages arrivent de derrière les spectateurs, sur les côtés… Un refus affiché d’éviter tout réalisme psychologisant.

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La Mouette

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53760787     la-mouette   LA MOUETTE

                        S’attaquer à un classique du théâtre, ça fait du bien car ligne après ligne, on comprend pourquoi ces textes sont encore joués et ont une telle résonance contemporaine. Dans la campagne russe de la fin du XIXème siècle (1896), se débat une famille de propriétaires déchus dont la mère Arkadina, actrice en mal d’admiration et de reconnaissance est le centre. Même son frère Sorine et son fils Kostia (Treplev) ont du mal à exister, l’un parce qu’il n’a été qu’employé au ministère de la Justice, l’autre parce qu’il rêve d’être un écrivain et qu’il souffre de l’omniprésence et de la personnalité écrasante de sa mère. Surtout qu’elle amène dans son domaine rural Trigorine, un écrivain reconnu qui est comme un rival affectif et créateur maintenant le fils dans son impuissance à écrire. Car , c’est l’écriture qui est au centre de la pièce, c’est le processus créateur avec tout ce qu’il comporte d’angoisses et de doutes qui offre sa trame à ce drame. Et le génie de Tchékov est de mêler les drames, les amours déçues et non partagées, les désillusions existentielles et le tragique virant au ridicule. On sourit devant l’obsession de la mère à rester jeune et à vouloir séduire et être applaudie, on sourit également devant les accès de jalousie de Paulina, la femme du régisseur, quand le médecin , Dorn, ne la regarde pas assez. Mais on vibre et on tremble devant le désespoir de Kostia qui a perdu son amour en la personne de Nina qui elle se morfond d’avoir aimé Trigorine qui l’a abandonnée. Elle finit dans la folie et se souvient de la mouette, jadis, tuée par Tréplev, mouette morte, symbole de l’impossibilité de l’envol amoureux et artistique.

                    Je suis une mouette. Non, ce n’est pas ça… Vous vous souvenez, vous avez tiré une mouette? Survient un homme, il la voit et, pour passer le temps, il la détruit… Un sujet de petite nouvelle… Ce n’est pas ça… (Elle se passe la main sur le front). De quoi est-ce que je?… Je parle de la scène. Maintenant, je ne suis déjà plus… Je suis déjà une véritable actrice, je joue avec bonheur, avec exaltation, la scène m’enivre et je me sens éblouissante. Et maintenant, depuis que je suis ici, je sors tout le temps marcher, je marche et je réfléchis et je sens que, de jour en jour, mes forces spirituelles grandissent.

                     La mise en scène de Christian Benedetti est dépouillée à l’extrême, un banc, une chaise,une table , un cadre et un drap blanc en guise de scène de théâtre. Les costumes n’en sont pas, pantalons, jogging, jean, aucune robe, aucun costume d’époque, aucune allusion à l’appartenance sociale. Les paysages, les objets sont dessinés à même le sol. Lumière en permanence dans la salle, un flou dans la séparation scène-salle qui peut mettre mal à l’aise tant les acteurs sont près et nous ressemblent. Une diction qui surprend car très rapide , nerveuse, exaltée à la limite du compréhensible parfois, nous qui avons l’habitude de la langueur, de la lenteur de l’univers de Tchékov. Une contemporanéité qui ne déplairait pas à Tchékov lui même car il prône à travers son personnage de Treplev la recherche de la nouveauté: « Il faut des formes nouvelles. des formes nouvelles, voilà ce qu’il faut, et s’il n’y en a pas, alors tant qu’à faire, plutôt rien ». En tout cas qu’est-ce qu’on a bien entendu le texte de Tchékov ce soir !