Archives de Tag: ruralité

Jiburo

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18443147Encore un film coréen, c’est le festival avant le voyage pour s’imprégner des paysages et de la langue. Il n’y a pas que des policiers, preuve en est ce film gentillet sur l’histoire de Sang-woo qui est contraint d’aller à la campagne chez sa grand-mère qu’il ne connait pas. Mordu de jeu vidéo et de super héros, ce jeune citadin doit apprendre à s’adapter à cette vie en pleine nature et à cohabiter avec cette vieille femme qui est aussi lente qu’une tortue…
C’est  ce joli conte qui, au-delà de situations et de personnages attendus voire conventionnels, sait trouver les bonnes touches d’une émotion sincère.

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A girl at my door

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serveimage-1Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un film coréen qui fait partie de ma découverte de la Corée. C’est un film de July Jung sorti en 2014.

Une jeune commissaire de police de Séoul est mutée dans une bourgade par mesure disciplinaire. Elle devient la protectrice d’une adolescente battue par son père, le principal employeur du coin… Ce premier film, réalisé par une protégée de Lee Chang-dong (Poetry), démarre bien. Une discussion pas piquée des vers avec une mamie et la ­rencontre avec des flics ahuris laissent augurer un mélange de thriller et d’humour noir dans la lignée de Memories of murder, de Bong Joon-ho.

La suite est plus convenue, avec le récit de l’affection croissante de la policière homosexuelle pour la petite Dohee, sous le regard réprobateur d’une communauté rurale pleine de préjugés. Mais la réalisatrice sait passer avec aisance de la violence à une grande délicatesse. Et la conclusion très amorale de l’histoire, qui voit le père cogneur arrêté pour le seul crime qu’il n’a pas commis, est plutôt gonflée… Beaucoup de non-dits et une très belle interprétation: on dirait que les coréens passent leur temps à boire du Soju...

Pour voir un extrait:
http://www.telerama.fr/cinema/films/a-girl-at-my-door,491950.php

Joseph

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serveimage          On savait que Marie-Hélène Lafon avait un engouement pour le conte de Flaubert Un Cœur Simple, alors dans ce texte on s’aperçoit qu’elle le revisite en faisant de Joseph son héros un ouvrier agricole allant de ferme en ferme, une évocation de Félicité la domestique de Madame Aubin dans le texte de Flaubert.D’ailleurs les références sont nombreuses,il y a aussi dans le texte de Marie-Hélène Lafon une madame Aubain qui est également une patronne et qui va, à un moment donné employer la mère de Joseph. Cette Madame Aubain comme celle de Flaubert a perdu un enfant, a un perroquet dans une cage, on évoque Mr Bourais. Si Félicité entretient avec la religion un lien profond, Joseph, lui, s’adonne à la boisson et se perd dans les méandres de ses effets. Mais cela n’altère pas son travail, il reste fidèle et honnête pour ses patrons. Comme Félicité avec Rodolphe, il aurait pu se marier avec Sylvie mais ça tourne mal, elle est plutôt inconstante comme Rodolphe, d’ailleurs les deux rencontres se font à un bal (là aussi vestige d’un temps ancien), Il avait eu , comme un autre, son histoire d’amour. Il avait trouvé Sylvie au bal Condat.
Joseph est un employé agricole comme il n’en existe plus à notre époque, sans doute Marie-Hélène Lafon fixe t-elle sur le papier la fin d’un monde rural, elle met en évidence la filiation entre le XIXème siècle et ce début de XXI ème siècle dans le monde rural du Cantal qu’elle connaît bien, comme si elle constatait que peu de choses avaient changé en un siècle, malgré les révolutions technologiques développées en parallèle. Un double hommage, d’abord à une littérature classique, aux mots qui l’ont sortie de son univers rural, puis à ses paysages qui l’ont aussi fondée et qui sont la matière de ses livres. Ses « pays » comme elle dit qui s’opposent et se nourrissent l’un de l’autre. Mais Marie-Hélène Lafon n’est pas non plus dans l’éloge et le regret du monde ancien fondé sur le rythme des saisons et le travail de la traite ou des moissons, elle reconnait l’étroitesse du regard des gens, le conformisme rassurant et sclérosant, la violence et la souffrance de la solitude.
C’est par sa langue aussi que Marie-Hélène Lafon nous émeut : dans ce livre, le rythme du récit nous transporte d’un point de vue à un autre sans pause, on passe d’une langue riche et construite à une langue plus orale comme si on était dans les pensées intérieures de Joseph ou des gens de son entourage, mais jamais de mots familiers , des expressions locales, oui. Une façon personnelle de revisiter le style indirect libre de Flaubert. Mais l’auteur a toujours la main sur ses personnages et leur langage intérieur, la structure narrative est soignée et grâce à de judicieux indices parsemés ça et là, elle met l’eau à la bouche du lecteur. Ce qui prédomine , c’est la douceur de la langue, rien qui heurte, tout semble être à sa place même dans les souffrances , les paradoxes ou les dysfonctionnements des personnages. En utilisant les mots comme elle fait de la dentelle, c’est l’art du mot juste qui sidère chez Marie-Hélène Lafon.

Les pays

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9782283024775Quand Claire arrive à Paris , après son enfance dans le Cantal près de Riom-es-Montagne, dans une ferme et son adolescence dans un pensionnat de filles à Saint-Flour, pour suivre à la Sorbonne des études de Lettres classiques, elle découvre un autre monde . Et elle parvient à s’installer dans cet univers urbain et intellectuel tout en gardant à l’intérieur ses prés et ses vaches. Elle habite ces deux pays, elle y est bien, cette errance , ou plutôt ces aller-retours la construisent , la consolident. Claire travaille, elle est perfectionniste et rigoureuse, tant lors de ses emplois d’été à la banque où, en fine observatrice elle s’imprègne des histoires de ses collègues, tant à l’université où elle s’ouvre au savoir, aux livres, aux mondes exotiques qui les peuplent. 3 parties, 3 étapes: la découverte de Paris et du Salon de l’agriculture dans son enfance, l’entrée à l’université, sa vie de professeur.
Des ellipses et toujours cette langue ciselée qui sait rendre le rapport au monde avec tant de nuances. Les gens du Cantal arrivent à Paris à la fin de l’hiver et « C’était le début de Mars, quand la lumière mord aux deux bouts du jour, on le voit on le sent, mais sans pouvoir encore compter tout à fait sur le temps, sans être sûr d’échapper à la grosse tombée de neige, carrée, brutale, qui empêche tout, et vous bloque, avec les billets, les affaires et les sacs préparés la veille, au cordeau, impeccables alignés dans le couloir; vous bloque juste le jour où il faut sortir, s’extraire de ce fin fond du monde qu’est la ferme. »
Quand Claire côtoie la famille de Lucie, une étudiante comme elle mais issue d’ une famille bourgeoise et cultivée, la langue de Marie-Hélène Lafon (Claire ?) devient extrêmement soutenue et riche : «  A sa propre tribu, exsangue et gourmée, rance et compassée, qui s’épuisait à ne pas lui pardonner son mariage, elle avait substitué, pour assouvir son atavique frénésie généalogiste, la lignée des Jaladis qui, avec et par elle, reprenait impulsion et vigueur. »

Quelle émotion de lecture !

Au Bois lacté

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Je ne connaissais pas bien Dylan Thomas et son oeuvre  mais j’ai été séduite par la version scénique qu’en a donné Stuart Seide au TNT en novembre 2012.

Au bois lacté est à l’origine une pièce radiophonique de l’auteur gallois Dylan Thomas (le titre anglais est Under Milk Wood), devenue plus tard une pièce de théâtre, un film et un Opéra. (première représentation à Metz)

Le conteur invite le public à écouter d’une oreille indiscrète les rêves des habitants du petit village gallois de Llareggub (village fictif dont le nom est le juron « bugger all » à l’envers), et leurs pensées les plus intimes nous sont livrées. Il y a Mrs. Ogmore-Pritchard, maniaque de la propreté, qui dicte sans arrêt ses consignes à ses deux défunts maris, Captain Cat qui revit son passé de marin, les deux Mrs. Dai Miche, Organ Morgan obsédé par sa musique, Polly Jarretière qui ne peut oublier son amoureux mort. Puis le village s’éveille et l’on voit les personnages s’affairer à leurs tâches quotidiennes tout en étant conscients des sentiments qui les influencent.L’écriture poétique de Dylan Thomas ainsi qu’une liste de personnages inoubliables en font une pièce importante dans l’histoire de la radio et du théâtre. Un film en sera tiré plus tard (en 1972), avec Richard Burton reprenant le rôle de la ‘Première Voix’, les autres personnages étant incarnés par Elizabeth Taylor, Peter O’Toole, Glynis Johns, Vivien Merchant, et d’autres célèbres acteurs, ainsi que Ryan Davies dans le rôle de la ‘Deuxième Voix’

Stuart Seide et sa mise en scène personnelle. Ils sont onze pour interpréter un texte qui tient beaucoup de la partition musicale, avec des voix qui se croisent ou se font écho, des répliques de quelques syllabes comme des contrepoints, et d’innombrables bruits de fonds (pas, aboiements, chansons, cris, portes, fenêtres, vent et vagues). Maîtres du temps, deux narrateurs veillent sur la petite communauté qu’ils vont suivre vingt-quatre heures durant, de la nuit à la nuit : «Toi seul peux entendre et voir, derrière les yeux des dormeurs, les mouvements et les pays et les labyrinthes et les couleurs et les consternations et les arcs-en-ciel et les airs de chansons et les désirs et les envolées et les chutes et les désespoirs et les mers immenses de leurs songes.»  Des tabourets, un bar, quelques pintes de bière : le pub est la seule citation réaliste dans le spectacle de Stuart Seide scénographié par Philippe Marioge. Un pub fantôme et changeant : des trappes se soulèvent, telles les fenêtres d’un calendrier de l’avent ; pans de murs, castelets de marionnettes ou pierres tombales, comme on voudra, délimitent, des espaces plus intimes. Sonorisées, les voix sont volontairement forcées et Seide a aussi tenté le pari de remplacer les enfants du village par des marionnettes : on entend tout du poème, de son ampleur, de son charme et de son attention au monde. Les acteurs changent de rôles, de perruques, de vêtements, sans jamais avoir le temps de s’installer, et c’est très bien. Tout résonne de cette myriade d’actions minuscules. Cancans, jalousies, beuveries, jeux cruels, vies rétrécies… Le monde de Dylan Thomas n’a rien d’idyllique, mais il est porté par une formidable qualité d’empathie et une forme d’innocence dont Stuart Seide parle bien : «Dylan Thomas évoque […] le temps qui passe, la mort, l’effacement et la trace, la capacité qu’a l’être humain de s’enflammer et se consumer pour des pulsions innocentes. L’enfance est très présente dans son univers : la naissance, la renaissance, la régénération perpétuelle de la vie, de la nature, de l’amour, comme si la vie en général, celle qui se perpétue, avait plus d’importance que nos vies.» 

La chanson des mal-aimants

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La narratrice, abandonnée à sa naissance à la porte d’un couvent, vagabondera au fil des ans d’une place à l’autre, à travers la France. C’est comme si elle n’avait pas de vie propre, mais elle participe intensément à celle des autres et aux drames dont elle est le témoin, sondant toujours plus profondément les mystères du cœur et du corps humains en lesquels rôde si souvent la folie. Elle grandit dans les Pyrénées, chez la veuve d’un fusillé, parmi des enfants qui attendent en vain le retour de leurs parents chassés par la guerre, puis dans une auberge où l’on pratique un culte étrange et truculent de l’ours, ensuite dans un manoir où pèse un secret en forme de cruelle mascarade. Devenue adulte, elle est servante dans divers hôtels, dans un bordel champêtre, dans un bistrot de gare, puis à Paris où elle côtoie des gens insolites, parfois inquiétants, et où elle finit chanteuse de rue, attelée à un orgue de Barbarie. Dans la splendide sauvagerie des montagnes et dans celle, bien plus féroce, de la ville, elle ne cessera de creuser et de fortifier sa solitude, ainsi que son don de compassion.
La façon dont Sylvie Germain donne la parole à cette paria surprend par la beauté des images, la fulgurance des visions, la violence de certaines scènes, et l’on retrouve la magie de l’écriture et de l’imagination du Livre des Nuits et de Jours de colère.

Le petit arpent du Bon Dieu

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Littérature américaine incontournable, ce roman de Caldwell vous séduira. Pourquoi ?

Début des années 30. Py Py Walden est veuf. Il a cinq enfants adultes dont trois vivent avec lui dans sa ferme de Georgie. Griselda, sa belle-fille, complète la famille. Elle est belle au point de se mettre à quatre pattes et de lécher tout ce que l’on peut…
Py Py cherche de l’or dans sa ferme depuis 15 ans et transforme donc ses champs en trous. Même une parcelle dont il a réservé les fruits à l’église locale, le petit arpent du bon Dieu, doit y passer… Cette vaine quête est le point départ d’une histoire hors norme, où se mêlent un contexte crasseux dans le sud profond, des personnages bêtes et méchants, des femmes faciles en recherche de « vrais hommes », la crise économique et le chômage, la misère rurale.
Cocktail explosif de Faulkner, de Steinbeck et de Céline, le «Petit arpent du bon Dieu» est surréaliste et social, absurde et cynique, hilarant et décapant, fantasque et violent. Ce roman, publié en 1933, est une vraie tornade lâchée sur une société américaine en pleine crise.
D’une lecture facile et jouissive, c’est une oeuvre majeure. A lire et faire lire.