Archives de Tag: rêve

La Mélancolie des barbares

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Koffi Kwahulé écrit La Mélancolie des barbares . C’est une pièce qui est construite comme un crescendo violent, débouchant inexorablement sur le tragique. Nous sommes au coeur d’une cité. Une jeune femme, Monique, rebaptisée Baby Mo, s’est mariée avec un policier, plus âgé qu’elle, qui lui fait porter le voile. Cet homme, c’est la clé de son Amérique, une façon selon Baby Mo d’échapper à sa condition. Mais elle aime un jeune garçon, Zac et deale pour lui. Le policier, jaloux, décide de prendre Zac sous son aile et d’en faire son fils spirituel. Nous sommes dans un huis clos ou presque, à l’intérieur d’une cité, avec ses propres règles, en présence de Baby Mo, de son mari policier, de Zac, de sa mère et sa soeur, et de deux choeurs, une assemblée des femmes et une assemblée des copains de Zac. Le seul étranger, un recruteur en pleine rupture sentimentale, va finir massacré. Tous les thèmes récurrents à la jeunesse dans les cités sont ici abordés : le port du voile, la religion, le chômage, le deal, le fait de se faire justice soi-même (dans la pièce, il s’agit d’être traîné derrière un pick-up jusqu’à ce que mort s’ensuive), le machisme et la violence envers les femmes, les armes à feu, le rapport avec la police… Cela pourrait passer pour une succession de clichés. Mais la mise en tension par la langue évite cet écueil. Nous nous retrouvons au bord des fêlures et de la folie. La langue est dans le même temps lyrique et crue, avec de grands monologues à la Koltès. Kwahulé donne langue à ces personnages qui sont censés en être privés.

Sébastien Bournac met en scène cette pièce à Albi en Avril 2013 et écrit : » je mets en avant la langue du dramaturge : une langue lyrique et crue pour tenter de dire l’innommable. Il y a des choses qu’on ne peut pas articuler. L’écriture de Koffi pratique avec bonheur une sorte d’exhumation de l’inexprimé. Et puis cette langue, tendue, est capable de mêler la plus haute densité poétique à une bordée de saloperies, de contenir tout à la fois le récit de la barbarie et les rêves des lucioles. Alors le spectacle c’est aussi (et surtout) celui des corps traversés et chahutés par cette langue: les personnages s’agressent par la langue. L’oeuvre se développe en une partition déconcertante et dynamique de 10 séquences décousues (quasi autonomes) qui s’enchaînent pourtant implacablement et musicalement. » Lumière froide et glaçante. Sol en tourbe pour assourdir les pas ou pour se rouler dedans. Un fauteuil trône, symbole de l’autorité, parfois renversé, parfois occupé. Une scénographie avec peu d’accessoires, tantôt intérieur, tantôt terrain vague avec un monticule. Bournac utilise le film Scarface pour rappeler la violence de cette cité, le voile de baby Mo qui ressemble plus à un voile de madone qu’à un voile musulman, c’est partout et c’est ici, c’est chez nous et ailleurs que cette violence s’exprime mais les plus barbares aussi peuvent être mélancoliques. Un peu frustrée par la salle du théâtre d’Albi peu propice à la mise en scène, toute une partie de la scène était invisible.

 

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Le petit arpent du Bon Dieu

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Littérature américaine incontournable, ce roman de Caldwell vous séduira. Pourquoi ?

Début des années 30. Py Py Walden est veuf. Il a cinq enfants adultes dont trois vivent avec lui dans sa ferme de Georgie. Griselda, sa belle-fille, complète la famille. Elle est belle au point de se mettre à quatre pattes et de lécher tout ce que l’on peut…
Py Py cherche de l’or dans sa ferme depuis 15 ans et transforme donc ses champs en trous. Même une parcelle dont il a réservé les fruits à l’église locale, le petit arpent du bon Dieu, doit y passer… Cette vaine quête est le point départ d’une histoire hors norme, où se mêlent un contexte crasseux dans le sud profond, des personnages bêtes et méchants, des femmes faciles en recherche de « vrais hommes », la crise économique et le chômage, la misère rurale.
Cocktail explosif de Faulkner, de Steinbeck et de Céline, le «Petit arpent du bon Dieu» est surréaliste et social, absurde et cynique, hilarant et décapant, fantasque et violent. Ce roman, publié en 1933, est une vraie tornade lâchée sur une société américaine en pleine crise.
D’une lecture facile et jouissive, c’est une oeuvre majeure. A lire et faire lire.

Cent ans de solitude

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9782020238113Ecrivain colombien

 

Garcia Marquez, prix Nobel de Littérature en 1982 écrit cette épopée vaste et multiple, pleine de rêve et de réel. Histoire délirante d’une dynastie : la fondation par l’ancêtre d’un village sud-américain isolé du reste du monde. Un univers marqué par la magie, l’alchimie, la décadence, le déluge, la mort. On pourrait penser à Don Quichotte par sa démesure, son sens de la parodie, sa fête des mots. Un chef-d’oeuvre de la littérature mondiale.

On achève bien les chevaux

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ALIRE-OnAcheveBienLesCheveaux-e3bd8Je suis passée un peu à côté de la littérature américaine tant à la mode dans les années 60-70 . Alors je rattrape mes lacunes. Horace Mac Coy propose ici un roman qui dénonce la corruption, faisant du rêve américain un cauchemar. Cette histoire de marathon de danse n’est qu’une métaphore de la cruauté du monde. 2 personnages veulent tenir jusqu’au bout d’un marathon de danse, ils sont conseillés par de vieux routiers qui leur donnent des conseils pour utiliser au mieux leurs 10 minutes de pause : apprendre à manger son sandwich tout en se rasant et en se faisant soigner les pieds, apprendre à lire les journaux en dansant, apprendre à dormir sur l’épaule de son ou de sa partenaire… Un classique !

Fictions

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9782070366149Ecrivain argentin

Quelle production !!! On peut penser que c’est un écrivain peu accessible mais la littérature est pour lui un absolu et écrire est , dit-il, sa seule raison d’exister. Dans Fictions, recueil de nouvelles, Borges explore les possibles littéraires, choisit le fantastique comme métaphore de la littérature qui n’est que fabulation, il refuse la notion de réalisme. Il veut également exprimer l’inintelligibilté du monde, c’est le lecteur qui va lui donner une intelligibilité. Borges ne veut pas rassurer le lecteur, il veut le faire réfléchir, ébranler ses convictions, il joue avec le lecteur car il mélange réel et fiction pour montrer que toute connaissance est révisable. En particulier lire les « Ruines circulaires », « le Sud ».

L’Absolue perfection du crime

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Tanguy Viel et ses remake de séries B. il dit qu’il n’a pas d’imagination donc l’histoire pourrait être celle de casino de Scorcèse mais il est l’unique écrivain à s’inspirer de scènes de film de genres pour les retravailler et construire une fiction prenante. C’est l’histoire d’un hold-up raté, le casse manqué d’un casino. Toutes les scènes sont là, les retrouvailles à la sortie de prison, la préparation minutieuse du plan, le casse du casino avec évasion du magot par la voie des airs au moyen d’une montgolfière téléguidée, le partage du butin, l’arrestation, les trahisons, les vengeances . Livre cinématographique, aux références nombreuses où l’on voit des anti-héros, petits mafieux piégés par leurs rêves, hommes fatigués qui font semblant d’y croire. Une construction narrative formelle comme les 3 actes implacables d’une tragédie.

l’Appareil-photo

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J’aime beaucoup Jean-Philippe Toussaint dont j’ai lu beaucoup d’ouvrages, j’aime son univers loufoque et ses personnages décalés jamais en phase avec le monde moderne, j’aime sa langue distanciée et poétique parce que ses personnages sont profondément tragiques sous leur apparente frivolité.

Le personnage de ce roman veut prendre des cours de conduite dans une auto-école, il ne parvient pas à compléter son dossier d’inscription car il manque une photo d’identité mais il hésite à en faire car la photo, pour lui, fixe un instant de son existence or la sienne lui parait fuyante. Il rencontre Pascale, la fille de l’auto-école, part avec elle en Angleterre, trouve un appareil-photo. Que va t-il en faire ? Va t-il le jeter ? va t-il développer la pellicule de son ancien propriétaire pénétrant ainsi par effraction l’intimité des autres ? Va t-il enfin se prendre en photo  ? Va t-il prendre en photo le monde qui l’entoure pour mieux l’observer et le comprendre ? Beaucoup de situations insolites, d’humour, lecture jubilatoire.