Archives de Tag: prix Nobel

Six personnages en quête d’auteur

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Luigi Pirandello, prix Nobel, écrit sa pièce  en 1921. Sur le plateau d’une scène de théâtre, le chef machiniste installe le décor de la pièce que la troupe de théâtre est sur le point de répéter. Le régisseur annonce alors l’arrivée du Directeur chef de troupe pour la répétition. Pendant que ce dernier règle des détails avec les acteurs concernant leur pièce, six personnages font leur arrivée: il s’agit d’une famille entière, comprenant la mère, le père, la belle-fille, le fils, l’adolescent et la fillette (ces deux derniers rôles sont muets), à la recherche d’un auteur pour écrire leur pièce. Ce sont six personnages cachant en eux un drame sous une apparence tranquille. Ils interpellent le Directeur afin qu’il prenne en charge leur drame, mais sont insatisfaits de l’interprétation des acteurs dans leur personnage. Ils affirment que ce n’est pas comme ça qu’ils l’ont vécu, que ce n’est pas de la fiction mais leur réalité. Par contre, les acteurs ne peuvent être vrais puisqu’au fond ce ne l’est pas: c’est du théâtre, ce n’est qu’une imitation. Par conséquent, les personnages et les acteurs se querellent à propos de ce qui est réalité et fiction et de la véracité de leur jeu.

Mise en scène de Stéphane Braunschweig en Novembre 2012. http://www.colline.fr/fr/spectacle/six-personnages-en-quete-dauteur

 

Janvier 2016, à nouveau au TNT, mise en scène de Emmanuel Demarcy-Mota, pas extraordinaire.
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http://www.theatre-video.net/video/Interview-de-Jean-Pierre-Jourdain-5897

 

Ô les beaux jours !

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En 2006 , Joël Jouanneau met en scène Mireille Mossé qui apporte beaucoup d’étrangeté et d’humanité au personnage de Winnie, dans «Oh les Beaux Jours» de Beckett, au TNT

 

Le rôle de Winnie dans « Oh les beaux jours » va comme un gant à Mireille Mossé. Comme l’héroïne de Beckett, cette comédienne-fétiche de Joël Jouanneau en impose par une énergie hors du commun qui la pousse à se surpasser sur scène. Transcendée par la mise en scène très poétique de Joël Jouanneau, Mireille Mossé, apporte un supplément d’étrangeté à ce personnage rendu mythique par Madeleine Renaud à la fin de sa vie. Enfoncée jusqu’à la taille dans un monticule de terre, avec éparpillés autour d’elle les vestiges d’un monde disparu -ombrelle, sac, brosse à dent, rouge à lèvres, accessoires divers, et un revolver, « Brownie »- Winnie, apprêtée comme pour un cocktail fait penser à une poupée de collection. Coincée dans son jupon de terre mais loin d’être statique, Mireille Mossé occupe l’espace sans bouger d’un centimètre. Sa voix porte haut et fort le texte étrange de Beckett. Sa silhouette de brindille a l’air de flotter dans l’océan de la nuit noire et sans fin d’« Oh les beaux jours ». La solitude du personnage incarné par ce petit bout de femme, touche en plein coeur. Le public l’ovationne. Se retrouve-t-elle en Winnie ?

MireilleMossé : Winnie est une femme qui va jusqu’au bout, jusqu’à son dernier souffle elle a une joie de vivre, une capacité d’émerveillement, un optimisme extraordinaire. Le genre de personne qui voit toujours la bouteille à moitié pleine. Je suis un peu comme ça moi aussi, mais pas à ce point. Je me suis amusée à repérer le nombre de fois où elle dit des expressions de joie comme « ça qu’est merveilleux » ou « oh oui de grande bonté », il y en a 34. C’est un grand oui à la vie qui de toutes façons est ce qu’elle est, avec un début un milieu et une fin. Il faut l’accepter.

On dit de cette pièce de Beckett que c’est une métaphore de la condition humaine. Qu’en pensez-vous ?

M.M. C’est une réflexion sur le temps qui passe et le fait qu’on choisit chaque jour de vivre ou de ne pas vivre. Le revolver est à portée de main, mais elle ne s’en sert pas. Il y a aussi toutes sortes d’allusions au théâtre. Pour Beckett, la vie c’est du théâtre et réciproquement. Winnie n’existe que par la parole et le regard de l’autre, comme un acteur.

Ce n’est pas pénible de rester coincée comme ça durant 1h30 ?

M.M. Non, car, sans tout vous dévoiler des astuces du décor, sous mon monticule je suis confortablement installée dans un fauteuil. Je l’actionne moi-même quand il y a le tremblement de terre et que Winnie s’enfonce un peu plus dans le sol. Par contre c’est un rôle qui met la pression. Je ne peux pas dépenser mon énergie à tord et à travers dans la journée. Je me contente d’aller nager et de faire un peu de Qi-Gong, une discipline chinoise excellente pour la posture, la respiration et la concentration.

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Une autre mise en scène très impressionnante, celle de Arthur Nauzyciel avec l’actrice argentine Marilu Marini et son accent.La première se fit entendre à l’Odéon, en 1963, et quarante ans après la «naissance» de Winnie dans la chair de Madeleine Renaud, c’est dans ce même théâtre (délocalisé) que Marilu Marini a décidé de porter ses mots. Car c’est sa décision à elle. Car Marilu Marini a décidé de se déplacer, de tordre l’image que nous connaissons d’elle, actrice argentine émigrée à peu près au moment où la Winnie des origines «sortait» de terre dans la mise en scène de Roger Blin —qu’elle avait vue, à l’époque. Comme s’il y avait, par ce geste, l’élégante manière de brouiller l’image convenue de l’actrice excentrique, égérie du Groupe TSE, «dirigée» par le non moins fantasque Alfredo Arias.
La décision de reprendre ce rôle (comme s’il n’y avait qu’une seule Winnie, celle-là même qui se nomme Winnie, avec les mots de Winnie, indélébiles, jusque dans leur essoufflement exposé), la décision de plonger dans ce rôle sonne bien comme un désir de revisitation. Comme si l’actrice avait trouvé dans cette partition l’énergie pour redire, tranquillement, mais fermement, sans s’exposer, pudiquement, la longue route de théâtre d’une vie dont on ne peut pas dire qu’elle ait été tranquille, balancée entre deux mondes, la dictature, l’emprisonnement, l’irruption dans le monde «libre», et le travail harassant de l’actrice, que l’on ne doit surtout pas voir, tant la légèreté virevoltante est le prix à payer, exigeant, parfois cruel, pour être aimé, désiré par le public.
Toute l’affaire d’Oh les Beaux Jours tient dans la réponse à la question que posait Roger Blin: Winnie, est-ce qu’elle émerge de son mamelon, ou est-ce qu’elle s’y enterre? A cette question, le metteur en scène Arthur Nauzyciel (sollicité par Marilu Marini pour l’accompagner dans ce voyage) répond sans ambiguïté: Winnie s’en sort toujours, chaque jour elle s’en sort et tient le coup. Tout est affaire de tenue. C’est la grande leçon de théâtre de Marilu Marini: tout l’acteur tient dans la tenue qu’il observe, cette incroyable discipline qu’il s’auto-administre de seconde en seconde. Il est vrai que Beckett n’est pas le dernier à la recommander, cette tenue, lui qui écrit ses «pièces» pour que tout y soit tenu, contenu, déjà déployé dans le temps même de l’écriture. Maîtrise pourtant bien illusoire, parce que sans la tenue d’une grande actrice, aussi respectée qu’elle soit, dans la moindre de ses (interminables didascalies), la pièce de Beckett ne tient pas, et c’est elle qui s’effondre.
Dans la tenue de Marilu Marini, on s’étonne de découvre une langue si vive, presque joyeuse, voir parfois facétieuse, joueuse toujours. C’est dans son corset de terre, qu’est-ce qui fait tenir Winnie, sinon ces mots, ces mots arrachés qu’elle adresse à Willie, s’il peut l’entendre. La présence de Willie est ici essentielle, et magnifiquement tenue par Marc Toupence, de dos, nu, barré d’une immense cicatrice qui lui remonte, des fesses à la nuque. Une présence qu’on aimerait tant voir reprendre vie, par les mots si bien tenus de Marilu Marini. Une présence qui ressemble sensiblement à la nôtre, devant elle, la regardant nous faire ce don.

 

Le retour

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Harold Pinter, prix Nobel a écrit une pièce qui raconte le retour de son fils Teddy après des années, c’est comme si rien n’avait bougé. Le fils arrive avec sa bru et le père est enfermé dans ses réminiscences des beaux jours où sa femme était encore vivante, cependant on ne sait pas ce qu’il en est vraiment puisqu’elle est traitée assez vite de salope et de garce. C’est, lui, Max, le père qui a élevé ses enfants. Pinter, dans ses pièces, parle souvent d’oppression, d’atmosphère étouffante, il essaie de montrer l’inconscient des individus sur scène d’où parfois des situations, des répliques loufoques. Dans la scène pintérienne, on voit le rêve, le fantasme, l’acte manqué, c’est un auteur qu’on peut qualifier de difficile à comprendre.

Luc Bondy nous a proposé en 2012 au TNT une mise en scène qui a attiré le public. Voyez plutôt la distribution : Bruno Ganz dans le rôle du père, Louis Garrel, Pascal Grégory, Jérôme Kircher,Micha Lescot, Emmanuelle Seigner. Tout se joue dans une pièce, les gens se tournent le dos, il a mis en évidence les rivalités, les désirs, les silences. On a l’impression que les personnages sont sur un ring. On s’agresse, on se cogne, on crache les mots comme les vipères et les crapauds , on veut être le mâle dominant. Et cela passe par l’asservissement de la femme. D’ailleurs j’ai trouvé le jeu d’Emmanuelle Seigner et de Louis Garrel assez faible à côté des autres , c’est vrai que le théâtre, ce n’est pas du cinéma!.

Le livre noir

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Prix Nobel pour cet auteur turc, Orhan Pamuk, envoûtant dans sa quête et son errance.

Pendant une semaine, jour et nuit dans Istanbul, un jeune avocat Galip, part à la recherche de sa femme Ruya qu’il aime depuis l’enfance et qui lui a laissé une lettre mystérieuse: est-ce un jeu ? un adieu ? Dans le fol espoir de la retrouver, il fouille ses souvenirs et le passé militant de Ruya. Il lit et relit les écrits de Djelal, le demi-frère de sa femme, un homme secret qu’il admire. Mais lui aussi semble avoir disparu . A la recherche des 2 êtres qu’il aime, Galip est en même temps en quête de sa propre identité et bientôt de celle d’Istanbul, présentée ici sous un aspect singulier : toujours enneigée, boueuse et ambiguë, insaisissable.

 

l’homme est un grand faisan sur terre

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Prix Nobel 2009, Herta Müller est roumaine , réfugiée en Allemagne; Son livre est écrit en allemand et est d’une force inouïe.

Roumanie. Depuis que le meunier Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n’a-t-il pas tort. Les chants sont tristes, on voit la mort au fond des tasses, et chacun doit faire la putain pour vivre, a fortiori pour émigrer. Windisch a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie se donne au milicien et au pasteur, dans le même but. Un jour, ils partiront par l’ornière grise et lézardée que Windisch empruntait pour rentrer du moulin. Plus tard, ils reviendront, un jour d’été, en visite, revêtus des vêtements qu’on porte à l’Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l’ornière de leur village, avec des objets de l’Ouest, signe de leur réussite sociale, et, « sur la joue de Windisch, une larme de verre ».

Cent ans de solitude

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Garcia Marquez, prix Nobel de Littérature en 1982 écrit cette épopée vaste et multiple, pleine de rêve et de réel. Histoire délirante d’une dynastie : la fondation par l’ancêtre d’un village sud-américain isolé du reste du monde. Un univers marqué par la magie, l’alchimie, la décadence, le déluge, la mort. On pourrait penser à Don Quichotte par sa démesure, son sens de la parodie, sa fête des mots. Un chef-d’oeuvre de la littérature mondiale.

Etre sans destin

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41ZJDQECTELLà aussi, c’est grâce au théâtre que j’ai découvert Imre Kertesz, écrivain hongrois, lors d’une représentation époustouflante et bouleversante au TNT de Toulouse, avec Jean-Quentin Châtelain dans un monologue à partir de « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas ». Prix Nobel de Littérature.

Après Si c’est un homme de Primo Lévi, je me demandais si on pouvait encore écrire sur les camps. Ce livre de Kertesz est différent mais fascinant . Ce livre raconte ce qu’a vécu un adolescent de son arrestation à Budapest à la libération du camp. C’est parce que c’est un adolescent que le regard est particulier : il apprend à avoir un instinct de survie qui le fait composer avec l’horreur. Donc ce livre a fait scandale, sa parole était inaudible au temps de la victimisation à outrance. Qu’advient-il de l’humanité de l’homme quand il est privé de tout destin? Cette oeuvre , dont l’élaboration a requis un travail inimaginable de distanciation et de mémoire , dérange car il montre le fonctionnement du totalitarisme et un univers concentrationnaire pas toujours manichéen.