Archives de Tag: police

Kabukicho

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iu-1Dominique Sylvain a longtemps vécu au Japon et il est au centre de ce roman intéressant. Kabukicho, c’est un quartier sulfureux de la capitale nipponne qui, à la nuit tombée devient un théâtre de la séduction facile. Dans de nombreux clubs ou cafés, on pratique l’art de séduire tout sexes confondus, on vient chercher une écoute auprès des hôtes et des hôtesses et plus si affinités. On paye à coup de gros billets et de coupes de champagne. On suit dans cette histoire 2 personnages: Yudai, un jeune homme très élégant dont les clientes raffolent et Kate Sanders, une anglaise fascinante qui est l’hôtesse la plus recherchée du club Gaïa. Pourtant sans prévenir la jeune femme disparait. Et c’est son père, venu de Londres, Marie sa colocataire et Yamada, le capitaine de police du quartier de Shinjuku qui mèneront l’enquête. On n’est pas au bout de nos surprises, le lecteur est embarqué dans ce voyage au Japon et dans les coulisses de ce théâtre cruel du mensonge , d’où le sous-titre « La Cité du mensonge ». De quoi alimenter la fascination du lecteur qui sent que ces personnages sont dignes d’une épopée romanesque ! ce livre est inspiré d’un fait-divers réel, le meurtre d’une étrangère au Japon. Très bon roman.

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La mort au festival de Cannes

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iu-3C’est bien ce que j’avais supposé avant de commencer cette série de lectures thématiques, c’est que les ouvrages d’un même auteur peuvent être de qualité très différente les uns des autres. ayant lu la ville des serpents d’eau  de Brigitte Aubert que j’avais aimé, celui-ci m’a profondément déçu par l’intrigue et l’écriture. Voulant se situer dans la lignée des comédies policières d’Agatha Christie, on voit le retour de Elise Andrioli, célèbre enquêtrice devenue tétraplégique, aveugle et muette à la suite d’un attentat. Donc ce qui a une influence sur les perceptions de cette femme mais je trouve que le rendu de ces sensations reste inabouti et réduit à des procédés répétitifs de ponctuation ou d’effets soulignés. Cela aurait pu être poétique et original dans la perception des scènes de crimes. Et l’idée qu’elle y voit plus clair que les autres est intéressant. C’est un roman policier léger, humoristique mais pour moi pas même divertissant.

L’Ordre et le chaos

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iu-5Maud Tabachnik nous livre ici une histoire de road movie à travers le Pays de Galles avec aux manettes de son camping car flambant neuf une vieille fille frustrée et apparemment très à cheval sur la morale. C’est vrai que dès qu’elle croise un homme violent, agressif, vulgaire, elle n’a qu’une envie , c’est de le tuer. Une personne normalement constituée saurait réfreindre ses pulsions, pas elle ! Sa virée sur les routes du Pays de Galles s’avère une épopée sanglante car au nom de la liberté et de la justice, elle trucide tous ceux qui pourissent ce monde. Elle sera poursuivie dans son voyage tragique par l’inspecteur Milland, ex-star de Scotland Yard… On traverse des paysages magnifiques ternis par le regard dégoûté de l’héroïne qui est la narratrice, des villes comme Manchester qui souffre des multiples crises, Londres et sa jungle sociale et ethnique.
D’abord séduite par son style  direct et faussement naïf qui renvoie à la psychologie rigide de l’héroïne, par le fait qu’elle donne la parole à la criminelle et que l’on sait depuis le début que c’est elle qui commet les crimes, j’ai été lassée par ces procédés narratifs d’alternance ( Merryl/Milland) et par la façon trop rapide et peu subtile avec laquelle ce roman se termine, trop d’hypothèses restent sans réponse (la mort de la mère ? la mort du père ? de l’héroïne). Voici le début qui est bien caractéristique de la façon dont Maud Tabachnik illustre la psychologie de son héroïne: l’art de dire (ou de faire) des choses horribles de manière neutre:

Je vis avec Maman depuis quarantre trois ans, c’est à dire depuis que je suis née dans notre petite maison avec jardin, située à la sortie ouest d’Hereford, en limite du pais de Galles.
La maison a conservé son atmosphère surannée, et c’est ce qui nous plaît car maman dit toujours: »Nous avons de la chance d’habiter un intérieur qui nous ressemble. »
Je n’ai jamais bien compris ce qu’elle voulait dire mais c’était bien qu’elle le dise. Maman a beaucoup souffert dans sa vie.Le jour où elle accouchait de moi, Gérald, son fils de treize ans, était écrasé par un camion et mon père venait de la quitter. Ce qui fait que je n’ai jamais connu ni mon frère, ni mon père.
A la suite de ces événements maman a fait ce que les mèdecins appelaient de la neurasthénie, et qui à présent est diagnostiqué comme dépression nerveuse.
« Tu dois te faire légère, m’a dit le mèdecin d’un ton sévère alors que j’atteignais mes douze ans. Ne pas lui poser de problèmes, elle en a bien assez. »
Je m’y suis efforcée.

Corniche Kennedy

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serveimage-1Corniche Kennedy est un roman de Maylis de Kérangal qui a eu un très grand succès. Mettant en scène des adolescents de Marseille qui sautent illégalement de la plate, promontoire au-dessus de la Corniche Kennedy , axe longeant la mer à Marseille. Ils sont observés par le commissaire Sylvestre Opéra, arr^tés parfois mais le monde des adultes apparait peu sauf de manière coercitive pour ces jeunes . On retrouve l’écriture de Maylis de Kérangal, descriptive, poétique, tour à tour longue ou hachée à l’image du souffle qui anime ces adolescents .
On a une vision sociale et ethnographique de ces jeunes adolescents: les jeunes dans Corniche Kennedy viennent essentiellement des quartiers nord de Marseille, quartiers populaires.On peut retrouver cette allusion à l’origine sociale des adolescents à travers les prénoms « Loubna, Eddy, Mario ».
Maylis de Kérangal accorde beaucoup d’importance aux lieux: ils soulignent la personnalité des adolescents. Souvent , les lieux où se déroulent ses romans sont au bord de la mer , c’est le cas pour Marseille, un port donc un lieu intermédiaire entre la terre et la mer, comme des points de départs vers le voyage, l’évasion. Ces rivages symbolisent les aspirations des adolescents: ils ont envie d’ailleurs ,de grands espaces, d’oublier leur réalité symbolisée par la ville, la terre ferme, «  Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois,deux, un…go! se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possibles, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants, et plus vastes dans un plus vaste monde. ».
Le film de Dominique Cabrera sorti en 2017 est librement inspiré du livre.
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Mother

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Le festival continue.
Do-joon, 28 ans, est l’unique raison de vivre de sa mère. Le jeune homme, un peu simplet, agit parfois de façon tellement naïve que cela en devient dangereux. Un jour, une jeune fille est retrouvée morte, et Do-joon est accusé. Entre un policier paresseux qui ne pense qu’à boucler son enquête et un avocat incompétent et vénal qui refuse de gaspiller son énergie pour une affaire aussi peu lucrative, la mère ne peut compter que sur elle-même pour innocenter son fils. Armée d’un courage hors norme et d’un instinct maternel démesuré, elle part, seule, à la recherche du meurtrier de la jeune femme…
Ce film est réalisé par Bong Joon-Ho après Memories of murder, le polar qui l’a révélé en Occident, il partait d’un sordide fait divers pour brosser un portrait de la société coréenne sous la dictature des années 80. Dans le film d’horreur The Host, un monstre mutant dans les égouts de Séoul permettait au réalisateur d’évoquer les relations tourmentées de la Corée du Sud avec le puissant allié américain. La première partie de Mother semble, aussi, aller du particulier au global… Une veuve se démène pour prouver l’innocence de son fils, jeune homme un peu simplet emprisonné pour le meurtre d’une lycéenne. Ces personnages reflètent une société douce avec les puissants et impitoyable avec les sans-grade, que le réalisateur épingle avec sa verve habituelle.
Mélange des genres (du thriller au mélo). Ruptures de ton brutales. Et humour noir décapant (courses-poursuites au golf et ping-pong verbal au commissariat)… A mi-parcours, Bong Joon-ho inverse le mouvement : le récit se concentre sur la mère et sa relation obsessionnelle, étouffante, mortifère avec son fils. Sans perdre sa vivacité initiale, la mise en scène se resserre sur l’étonnante Kim Hye-ja. Derrière sa fragilité apparente, l’actrice (incarnation de la « maman idéale » à la télévision coréenne) transmet énergie et violence à cette vieille femme au bord de la folie. Prête à tout – vraiment tout – pour sauver la chair de sa chair. On admire cette femme au moins autant qu’on la craint… La dernière scène renvoie bien aux délires intérieurs du personnage.

The Chaser

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serveimageEncore un film coréen dont j’aimerais parler et qui reflète bien les mutations du régime coréen. À la fin de la dictature, les réalisateurs sud coréens vont être confrontés à la réticence du public envers les films tendant à une critique sociale. De ce fait, de plus en plus de jeunes réalisateurs vont passer par les films de genre afin de se libérer des traumatismes dus aux années de sacrifice que représente l’après-guerre sud-coréen. De ce mouvement insolite et de plus en plus populaire, vont se manifester des réalisateurs comme Park Chan-wook, qui est aujourd’hui considéré comme une vraie star dans son pays.Très souvent issus de la KAFA (Korean Academy of Film Arts), ces réalisateurs vont révolutionner le paysage cinématographique de leur pays grâce à des films revisitant le film de genre et créer un nouvel engouement national autour du septième art, rendant certains réalisateurs plus célèbres que leurs acteurs, ce qui est, en Occident tout simplement impensable. Une vraie famille du cinéma sud-coréen va se former autour de réalisateurs comme Park Chan-wook, Kim Jee-woon ou encore Bong Joon-ho, pour être considérée aujourd’hui comme la nouvelle vague des enragés du cinéma sud-coréen qui, par le biais de films parfois gores et malsains, vont réussir à critiquer une société en pleine mutation et en quête d’identité.

On pourrait  qualifier  The Chaser de Séoul killer.
Un ancien flic devenu proxénète confronté à une ­situation criminelle qui le dépasse, un ­serial killer d’autant plus terrifiant qu’il est taciturne, un récit tragique concentré sur vingt-quatre heures : The Chaser reprend tous les ingrédients du film noir hollywoodien, mais avec une outrance typiquement sud-coréenne.
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Pour son premier long métrage, le très doué Na Hong-jin (dont on a apprécié en 2011 le survolté The Murderer) multiplie les scènes violentes, de poursuites, de ralenti, remplies d’hémoglobine  : nous assistons aux meurtres d’un jeune homme impuissant qui se venge sur des prostituées en leur enfonçant des ciseaux dans le crâne à l’aide d’un marteau pour simuler la pénétration qu’il ne parvient pas à faire.  Beaucoup de bagarres,  de noirceur (les scènes nocturnes semblent avoir été tournées à la lampe de poche), plus de cynisme (le héros solitaire face à une police incompétente rappelle l’inspecteur Harry, à la différence qu’il n’est pas flic mais proxénète). Mais aussi, et surtout : plus d’invention visuelle et narrative. Le jeune réalisateur utilise habilement les ruelles ­labyrinthiques de Séoul pour des courses-poursuites à couper le souffle et multiplie fausses pistes et ruptures de ton, avec un sens de la satire sociale et des fulgurances bouffonnes qui rappellent Memories of murder, de Bong Joon-ho. Ce film finit dans une overdose de sang , simplement ou plutôt moralement compensé par l’image de l’enfant dormant qui s’annonce comme un espoir , une rédemption.
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La bande annonce du film
http://www.telerama.fr/cinema/films/the-chaser,366016.php

En cette année France-Corée, un festival de cinéma coréen a eu lieu à  Paris en 2015
http://www.telerama.fr/sortir/les-immanquables-du-festival-du-film-coreen-a-paris,133428.php

Roberto Zucco

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    ClickHandler-2Bernard-Marie Koltès écrit en 1988 cette pièce sur Roberto Succo, un tueur en série qui à 15 ans a tué son père et sa mère. Il a été interné. Mais il était tellement normal qu’on l’a relâché, il a même fait des études à l’université. A 26 ans, il a tué 6 personnes, dans l’espace d’un mois, puis deux mois de cavale. Il finit en se suicidant dans l’hôpital psychiatrique, de la même manière qu’il avait tué son père.
Koltès a vu son arrestation à la télé, il était au milieu des gardiens et un journaliste lui a posé une question idiote. Il a répondu : « Quand je pense que je pourrais prendre cinq gardiens dans la main et les écraser. Je ne le fais pas, uniquement parce que mon seul rêve, c’est la liberté de courir dans la rue ». Il a trouvé cette phrase sublime.Et , une demi-heure après il avait échappé aux mains de ses gardiens. Sur le toit de la prison, il se déshabillait et il insultait le monde entier. Koltès a trouvé ce personnage mythique, pendant sa cavale , son portrait était placardé partout, Koltès le trouvait très beau.ClickHandler-1
Dans sa pièce, Koltès prend ses distances avec le fait-divers: il  fait exister Zucco grâce à ses rencontres, d’abord avec la gamine, un couple formé au hasard et aussitôt défait. Deux courses , deux évasions , comme des tentatives d’échapper à sa famille. Le monde décrit est comme un labyrinthe dont on n’arrive pas à s’échapper. Ensuite la rencontre avec la Dame élégante dont Roberto Zucco tue le fils sur un malentendu. Et ce meurtre-là fait basculer dans une autre réalité où chacun, confronté à ce qu’il fait, dit ce qu’il pense, aux yeux du monde. Zucco devient l’ennemi public numéro 1 et finit dans la mort.
Dans la mise en scène de Richard Brunel au TNT en Janvier 2016, Pio Marmaï excelle tout en tant tension, violence et séduction.
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teaser du spectacle https://vimeo.com/144744565