Archives de Tag: police

Corniche Kennedy

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serveimage-1Corniche Kennedy est un roman de Maylis de Kérangal qui a eu un très grand succès. Mettant en scène des adolescents de Marseille qui sautent illégalement de la plate, promontoire au-dessus de la Corniche Kennedy , axe longeant la mer à Marseille. Ils sont observés par le commissaire Sylvestre Opéra, arr^tés parfois mais le monde des adultes apparait peu sauf de manière coercitive pour ces jeunes . On retrouve l’écriture de Maylis de Kérangal, descriptive, poétique, tour à tour longue ou hachée à l’image du souffle qui anime ces adolescents .
On a une vision sociale et ethnographique de ces jeunes adolescents: les jeunes dans Corniche Kennedy viennent essentiellement des quartiers nord de Marseille, quartiers populaires.On peut retrouver cette allusion à l’origine sociale des adolescents à travers les prénoms « Loubna, Eddy, Mario ».
Maylis de Kérangal accorde beaucoup d’importance aux lieux: ils soulignent la personnalité des adolescents. Souvent , les lieux où se déroulent ses romans sont au bord de la mer , c’est le cas pour Marseille, un port donc un lieu intermédiaire entre la terre et la mer, comme des points de départs vers le voyage, l’évasion. Ces rivages symbolisent les aspirations des adolescents: ils ont envie d’ailleurs ,de grands espaces, d’oublier leur réalité symbolisée par la ville, la terre ferme, «  Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois,deux, un…go! se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possibles, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants, et plus vastes dans un plus vaste monde. ».
Le film de Dominique Cabrera sorti en 2017 est librement inspiré du livre.
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Mother

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Le festival continue.
Do-joon, 28 ans, est l’unique raison de vivre de sa mère. Le jeune homme, un peu simplet, agit parfois de façon tellement naïve que cela en devient dangereux. Un jour, une jeune fille est retrouvée morte, et Do-joon est accusé. Entre un policier paresseux qui ne pense qu’à boucler son enquête et un avocat incompétent et vénal qui refuse de gaspiller son énergie pour une affaire aussi peu lucrative, la mère ne peut compter que sur elle-même pour innocenter son fils. Armée d’un courage hors norme et d’un instinct maternel démesuré, elle part, seule, à la recherche du meurtrier de la jeune femme…
Ce film est réalisé par Bong Joon-Ho après Memories of murder, le polar qui l’a révélé en Occident, il partait d’un sordide fait divers pour brosser un portrait de la société coréenne sous la dictature des années 80. Dans le film d’horreur The Host, un monstre mutant dans les égouts de Séoul permettait au réalisateur d’évoquer les relations tourmentées de la Corée du Sud avec le puissant allié américain. La première partie de Mother semble, aussi, aller du particulier au global… Une veuve se démène pour prouver l’innocence de son fils, jeune homme un peu simplet emprisonné pour le meurtre d’une lycéenne. Ces personnages reflètent une société douce avec les puissants et impitoyable avec les sans-grade, que le réalisateur épingle avec sa verve habituelle.
Mélange des genres (du thriller au mélo). Ruptures de ton brutales. Et humour noir décapant (courses-poursuites au golf et ping-pong verbal au commissariat)… A mi-parcours, Bong Joon-ho inverse le mouvement : le récit se concentre sur la mère et sa relation obsessionnelle, étouffante, mortifère avec son fils. Sans perdre sa vivacité initiale, la mise en scène se resserre sur l’étonnante Kim Hye-ja. Derrière sa fragilité apparente, l’actrice (incarnation de la « maman idéale » à la télévision coréenne) transmet énergie et violence à cette vieille femme au bord de la folie. Prête à tout – vraiment tout – pour sauver la chair de sa chair. On admire cette femme au moins autant qu’on la craint… La dernière scène renvoie bien aux délires intérieurs du personnage.

The Chaser

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serveimageEncore un film coréen dont j’aimerais parler et qui reflète bien les mutations du régime coréen. À la fin de la dictature, les réalisateurs sud coréens vont être confrontés à la réticence du public envers les films tendant à une critique sociale. De ce fait, de plus en plus de jeunes réalisateurs vont passer par les films de genre afin de se libérer des traumatismes dus aux années de sacrifice que représente l’après-guerre sud-coréen. De ce mouvement insolite et de plus en plus populaire, vont se manifester des réalisateurs comme Park Chan-wook, qui est aujourd’hui considéré comme une vraie star dans son pays.Très souvent issus de la KAFA (Korean Academy of Film Arts), ces réalisateurs vont révolutionner le paysage cinématographique de leur pays grâce à des films revisitant le film de genre et créer un nouvel engouement national autour du septième art, rendant certains réalisateurs plus célèbres que leurs acteurs, ce qui est, en Occident tout simplement impensable. Une vraie famille du cinéma sud-coréen va se former autour de réalisateurs comme Park Chan-wook, Kim Jee-woon ou encore Bong Joon-ho, pour être considérée aujourd’hui comme la nouvelle vague des enragés du cinéma sud-coréen qui, par le biais de films parfois gores et malsains, vont réussir à critiquer une société en pleine mutation et en quête d’identité.

On pourrait  qualifier  The Chaser de Séoul killer.
Un ancien flic devenu proxénète confronté à une ­situation criminelle qui le dépasse, un ­serial killer d’autant plus terrifiant qu’il est taciturne, un récit tragique concentré sur vingt-quatre heures : The Chaser reprend tous les ingrédients du film noir hollywoodien, mais avec une outrance typiquement sud-coréenne.
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Pour son premier long métrage, le très doué Na Hong-jin (dont on a apprécié en 2011 le survolté The Murderer) multiplie les scènes violentes, de poursuites, de ralenti, remplies d’hémoglobine  : nous assistons aux meurtres d’un jeune homme impuissant qui se venge sur des prostituées en leur enfonçant des ciseaux dans le crâne à l’aide d’un marteau pour simuler la pénétration qu’il ne parvient pas à faire.  Beaucoup de bagarres,  de noirceur (les scènes nocturnes semblent avoir été tournées à la lampe de poche), plus de cynisme (le héros solitaire face à une police incompétente rappelle l’inspecteur Harry, à la différence qu’il n’est pas flic mais proxénète). Mais aussi, et surtout : plus d’invention visuelle et narrative. Le jeune réalisateur utilise habilement les ruelles ­labyrinthiques de Séoul pour des courses-poursuites à couper le souffle et multiplie fausses pistes et ruptures de ton, avec un sens de la satire sociale et des fulgurances bouffonnes qui rappellent Memories of murder, de Bong Joon-ho. Ce film finit dans une overdose de sang , simplement ou plutôt moralement compensé par l’image de l’enfant dormant qui s’annonce comme un espoir , une rédemption.
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La bande annonce du film
http://www.telerama.fr/cinema/films/the-chaser,366016.php

En cette année France-Corée, un festival de cinéma coréen a eu lieu à  Paris en 2015
http://www.telerama.fr/sortir/les-immanquables-du-festival-du-film-coreen-a-paris,133428.php

Roberto Zucco

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    ClickHandler-2Bernard-Marie Koltès écrit en 1988 cette pièce sur Roberto Succo, un tueur en série qui à 15 ans a tué son père et sa mère. Il a été interné. Mais il était tellement normal qu’on l’a relâché, il a même fait des études à l’université. A 26 ans, il a tué 6 personnes, dans l’espace d’un mois, puis deux mois de cavale. Il finit en se suicidant dans l’hôpital psychiatrique, de la même manière qu’il avait tué son père.
Koltès a vu son arrestation à la télé, il était au milieu des gardiens et un journaliste lui a posé une question idiote. Il a répondu : « Quand je pense que je pourrais prendre cinq gardiens dans la main et les écraser. Je ne le fais pas, uniquement parce que mon seul rêve, c’est la liberté de courir dans la rue ». Il a trouvé cette phrase sublime.Et , une demi-heure après il avait échappé aux mains de ses gardiens. Sur le toit de la prison, il se déshabillait et il insultait le monde entier. Koltès a trouvé ce personnage mythique, pendant sa cavale , son portrait était placardé partout, Koltès le trouvait très beau.ClickHandler-1
Dans sa pièce, Koltès prend ses distances avec le fait-divers: il  fait exister Zucco grâce à ses rencontres, d’abord avec la gamine, un couple formé au hasard et aussitôt défait. Deux courses , deux évasions , comme des tentatives d’échapper à sa famille. Le monde décrit est comme un labyrinthe dont on n’arrive pas à s’échapper. Ensuite la rencontre avec la Dame élégante dont Roberto Zucco tue le fils sur un malentendu. Et ce meurtre-là fait basculer dans une autre réalité où chacun, confronté à ce qu’il fait, dit ce qu’il pense, aux yeux du monde. Zucco devient l’ennemi public numéro 1 et finit dans la mort.
Dans la mise en scène de Richard Brunel au TNT en Janvier 2016, Pio Marmaï excelle tout en tant tension, violence et séduction.
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teaser du spectacle https://vimeo.com/144744565

Temps glaciaires

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bbc92a647199b832ec90d7cf57074e9e-1427701886   Fred Vargas, efficace mais pas très novatrice dans son dernier livre. Cependant , elle sait maintenir un certain suspense qui me donnait envie de rentrer à la maison alors que je savourais mes vacances estivales au bord de la mer, ou plutôt au milieu de l’Atlantique , sur l’archipel des Açores.
Quel rapport peut-on faire entre Robespierre, l’Islande et un hara? A priori, aucun. Mais c’est sans compter sur le commissaire Adamsberg et son acolyte Danglars. cette histoire regorge d’événements tous aussi inattendus les uns que les autres et de déductions alambiquées dont seul Adamsberg a le secret. Des suspects, des morts qui s’enchaînent, un ancien voyage en Islande qui a mal tourné: 2 morts sur l’île du Renard, apparemment de froid, mais faut-il se fier aux apparences ? D’autres meurtres vont suivre et sur les lieux du crime , un signe mystérieux, une sorte de hiéroglyphe ressemblant à une potence comme si le(s) tueur(s) voulai(en)t donner des indices tout en brouillant les pistes. Des personnages haïssables à souhait, suspects idéaux mais ce serait trop simple…

On apprend des choses sur l’Islande, la Révolution Française et Robespierre, c’est intéressant mais pas transcendant.

La faiseuse d’anges

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J’ai décidé de lire le roman de Camilla Läckberg, un auteur suédois à succès née en 1974. C’est un ouvrage qui prend place dans la série de romans policiers mettant en scène le personnage d’Erica Falck, une femme écrivain se trouvant mêlée à des affaires policières, des crimes. Roman très intéressant, on met cependant très longtemps à faire le lien entre tous les personnages de l’histoire passée et présente. Cette multitude de personnages déconcerte et intrigue à la fois le lecteur qui se doute qu’il existe un lien entre eux. En effet, en italique figure l’histoire de Helga Svensson, infanticide, faiseuse d’anges et de sa fille Dagmar en 1908. L’auteur raconte aussi par bribes, ce qui s’est passé à Pâques 1974, sur l’île de Valö, aux abords de Fjällbacka quand une famille entière disparaît sans laisser de trace. Seule la petite Ebba, âgée d’un an, erre en pleurs dans la maison abandonnée . Trente plus tard, Ebba revient sur l’île et s’installe dans la maison familiale avec son mari Melker. C’est un couple, accablé par la mort de leur fils et qui essaie de reconstruire leur vie et la …maison. Cependant, ils sont victimes d’une tentative d’incendie et découvrent du sang coagulé sous les lames du plancher. Quant à Erica, elle s’est toujours intéressée à l’affaire de la mystérieuse disparition, elle s’empresse d’aller voir Ebba pour approfondir sa réflexion et mieux comprendre cette énigme. Elle se retrouvera dans des situations dangereuses, elle aussi, devant faire face à l’ennemi et à son mari Patrik, policier et chargé de l’affaire. Mêlant affaires familiales, héritages, spéculations financières, complots politiques, influence médiatique, cette histoire offre l’image d’une Suède pas si calme que ça derrière les îles et les paysages magnifiques. Il y aura bien sûr un lien entre toutes ces histoires comme si on n’enterrait jamais son passé totalement.

En parallèle et par un pur hasard, j’ai regardé sur Arte une série Meurtres à Sandhamn(saison 1 et 2) qui est bâtie sur le même schéma. C’est à dire, que là aussi, les cadavres se ramassent à la pelleteuse sur cette charmante île. Cette série est inspirée d’ouvrages d’un autre auteur suédois féminin Viveca Sten La Reine de la Baltique et présente les mêmes ingrédients que les romans de Camilla Läckberg: trahisons conjugales, haines et secrets de familles, magouilles financières. Ces intrigues mettent en lumière l’ hypocrisie d’une société respectable en façade, le jeu des notables prêts à tout pour préserver leur réputation. Les ressorts psychologiques laissent quelques histoires d’amour voir le jour comme la romance entre Nora (Alexandra Rapaport) et Thomas (Jakob Cedergren, véritable idole en Suède paraît-il) dans la série, Anna et Melker dans le roman de Läckberg. Les trames narratives policières sont à la fois distrayantes et naïves, les héroïnes (Nora ou Erica) tombant toujours sur des indices cruciaux au bon moment. Les îles suédoises sont télégéniques , même dans le roman, et s’avèrent être les  personnages les plus séduisants de ces fictions. Fictions efficaces et très populaires en Suède.
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Passage du désir

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passage-du-desirC’est Sandrion qui m’a conseillé ce livre et croyez-moi, ce n’est pas un conte de fées ! C’est un policier écrit par Dominique Sylvain, une femme qui raconte l’enquête de deux femmes, Lola Jost, ex commissaire en retraite anticipée et Ingrid Diesel, une masseuse américaine. Des noms pareils et des personnages aux personnalités hors-norme ne peuvent sortir que d’une imagination tout à la fois démentielle et rationnelle. Démentielle parce que Maxime Duchamp, ancien baroudeur photographe, tenant le restaurant « Belles de nuit comme de jour » est amoureux de Khadidja Younis, serveuse dans ce même restaurant et rêvant de cinéma, parce que Vanessa Ringer, assistance sociale, meurt assassinée, les pieds tranchés, parce que Chloé Gardel, introvertie et joueuse de violoncelle, Kantor, directeur d’un cinéma gore, Rinko Yamada, dessinatrice de mangas assassinée, elle aussi, sont les personnages mystérieux de cette histoire. Mais rationnelle car, comme un puzzle dont les pièces s’emboîtent les unes dans les autres, il faut recoller les morceaux, essayer, échouer, recommencer pour les deux enquêtrices ; elles y passent leurs jours et leurs nuits, analysent, raisonnent,  obligeant le lecteur à faire de même. On en vient à porter ses soupçons sur un tel puis un autre, on échafaude des explications. On sait, que pour les besoins d’une fiction efficace, on va trouver le coupable dans l’entourage proche de la victime, ils ont d’ailleurs tous une bonne raison de devenir des meurtriers. Et Lola Jost parvient dans un final rocambolesque au possible à reconstituer le drame, telle Michel-Ange qui, morceau par morceau a peint le plafond de la Chapelle Sixtine (ceux qui ont lu le livre comprendront l’allusion).

Le style de Dominique Sylvain m’a plu également: efficace car les dialogues sont tout à la fois directs et imagés, les descriptions d’atmosphère , les tableaux urbains poétiques.