Archives de Tag: poésie

Juste après la pluie

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serveimage-22Thomas Vinau, poète et romancier est un écrivain tout en délicatesse. Ce livre est un ensemble de 280 poèmes , courts et évidents. « Je ne suis pas  manuel. Depuis longtemps je bricole. Des pièces bancales. De l’inutile indispensable. Des mots de peu. Ma poésie n’est pas grand chose. Elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. »

 

 

 

Certains dimanches de grands vents

Songer
certains dimanches
de grands vents
pleins de poussière
et de lumière
à s’ouvrir le ventre
du sol au plafond
Pour aérer l’intérieur

La Barque le soir

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14984b62c330656ec182f9118c7babfd-300x300LA BARQUE LE SOIR (Claude REGY) 2012

 

C’est grâce à mon professeur de français monsieur Jounnenc quand j’étais en seconde que j’ai découvert et lu cet auteur norvégien avec « Palais de glace ». J’en garde une forte émotion aussi vivace que le souvenir de cet homme , notre professeur au lycée Champollion à Grenoble . Je crois que je lui dois en partie ma vocation d’enseignante de lettres. Donc, Tarjei Vesaas à Toulouse, j’ai foncé ! J’ai lu ce texte, pas facile.  La Barque le soir, publiée en 1968 et curieusement restée inédite en français est une œuvre fondamentale, crépusculaire. Appelée  » roman  » par son auteur, il s’agit plutôt d’amples réminiscence poétiques semi-autobiographiques. Il révise les thèmes qui ont accompagnés sa vie de créateur : l’effroi face à l’invisible, la condition spirituelle de l’homme, tandis qu’il brosse son propre portrait psychologique, de sa prise de conscience que l’homme est seul jusqu’à l’acceptation finale de la mort. Mais Vesaas n’est pas un auteur abstrait, fidèle à ses origines, il sait rendre présentes les choses les plus essentielles, les plus élémentaires : du pas d’un cheval dans la neige jusqu’aux variations infinies de la lumière.

Mais il y avait aussi la mise en scène de Claude Régy en Novembre 2012. À demi noyé, presque inconscient, un homme dérive dans une nature troublée par son imaginaire. S’inspirant du roman de Tarjei Vesaas, Claude Régy fait de ce lent cheminement aux frontières de la mort une expérience poétique marquante. Des gestes lents, décomposés, coule t-il au fond ou s’élève t-il vers le haut les bras au ciel ? Une diction ralentie au maximum parfois devenue incompréhensible: l’homme meurt, il est entre deux eaux. Il est seul, il y a beaucoup de silence dans cette nuit qui emporte celui qui se noie, il y a les chiens qui aboient, l’homme répond, où est la frontière entre l’animalité et l’humanité ? Claude Régy tient aussi au cérémonial qu’est la représentation théâtrale: le silence est exigé avant de rentrer dans la salle.

Ce que personne d’autre ne sait
Dans ce texte s’invente un univers vierge parce que se brouillent continûment les frontières : monter et descendre, toucher le fond parmi la vase, émerger à la surface – à peine un quart de visage, le nez seul peut-être.
Respiration – très peu d’air – asphyxie – lutte farouche pour l’interrompre.
Ce qu’on ressent, c’est le trouble constant de l’absence de démarcation.
« Pas une mort violente, mais une mort profonde, silencieuse. »
Une vie profonde, silencieuse. C’est l’écho qu’on entend au loin.
À demi-cadavre, un homme dérive accroché, d’un bras, à un tronc d’arbre qui flotte à la surface d’un fleuve.
Il dérive vers le Sud « comme une conscience blessée ».
Des choses qui viennent d’une autre existence – la sienne sans doute en un autre temps – se déchaînent sur lui.
À moins qu’il ne s’agisse des manifestations d’une existence extérieure à la sienne.
Il s’agit en tout cas d’un déchaînement de forces qui s’opposent à lui, contraint comme il est de s’abandonner au courant.
Vesaas laisse de grands espaces de liberté où peuvent jouer les clés secrètes de notre conscience.
Il écrit un pur poème et nous le ressentons illimité.
Pour l’homme qui navigue – étrange navigation – son reflet dans l’eau et sa propre place tout contre la mort peuvent dire – c’est un moment unique – ce que personne d’autre ne sait. Un cheminement lent au bord de l’inconnaissable.
L’ultime ne finit pas. C’est une ouverture – pour un temps prolongé – à une libre coexistence de la vie et de la mort. Une sorte de permanence est donnée au passage du seuil qui cesse, par là même, d’être fatal et émotionnel.
C’est une aventure du corps et de l’esprit, une expérience à l’extrême du vivant, dans le moment infiniment dilaté de sa rupture.
La dilatation permet l’observation au-delà même du savoir.

Claude Régy, mars 2013

Au Bois lacté

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Je ne connaissais pas bien Dylan Thomas et son oeuvre  mais j’ai été séduite par la version scénique qu’en a donné Stuart Seide au TNT en novembre 2012.

Au bois lacté est à l’origine une pièce radiophonique de l’auteur gallois Dylan Thomas (le titre anglais est Under Milk Wood), devenue plus tard une pièce de théâtre, un film et un Opéra. (première représentation à Metz)

Le conteur invite le public à écouter d’une oreille indiscrète les rêves des habitants du petit village gallois de Llareggub (village fictif dont le nom est le juron « bugger all » à l’envers), et leurs pensées les plus intimes nous sont livrées. Il y a Mrs. Ogmore-Pritchard, maniaque de la propreté, qui dicte sans arrêt ses consignes à ses deux défunts maris, Captain Cat qui revit son passé de marin, les deux Mrs. Dai Miche, Organ Morgan obsédé par sa musique, Polly Jarretière qui ne peut oublier son amoureux mort. Puis le village s’éveille et l’on voit les personnages s’affairer à leurs tâches quotidiennes tout en étant conscients des sentiments qui les influencent.L’écriture poétique de Dylan Thomas ainsi qu’une liste de personnages inoubliables en font une pièce importante dans l’histoire de la radio et du théâtre. Un film en sera tiré plus tard (en 1972), avec Richard Burton reprenant le rôle de la ‘Première Voix’, les autres personnages étant incarnés par Elizabeth Taylor, Peter O’Toole, Glynis Johns, Vivien Merchant, et d’autres célèbres acteurs, ainsi que Ryan Davies dans le rôle de la ‘Deuxième Voix’

Stuart Seide et sa mise en scène personnelle. Ils sont onze pour interpréter un texte qui tient beaucoup de la partition musicale, avec des voix qui se croisent ou se font écho, des répliques de quelques syllabes comme des contrepoints, et d’innombrables bruits de fonds (pas, aboiements, chansons, cris, portes, fenêtres, vent et vagues). Maîtres du temps, deux narrateurs veillent sur la petite communauté qu’ils vont suivre vingt-quatre heures durant, de la nuit à la nuit : «Toi seul peux entendre et voir, derrière les yeux des dormeurs, les mouvements et les pays et les labyrinthes et les couleurs et les consternations et les arcs-en-ciel et les airs de chansons et les désirs et les envolées et les chutes et les désespoirs et les mers immenses de leurs songes.»  Des tabourets, un bar, quelques pintes de bière : le pub est la seule citation réaliste dans le spectacle de Stuart Seide scénographié par Philippe Marioge. Un pub fantôme et changeant : des trappes se soulèvent, telles les fenêtres d’un calendrier de l’avent ; pans de murs, castelets de marionnettes ou pierres tombales, comme on voudra, délimitent, des espaces plus intimes. Sonorisées, les voix sont volontairement forcées et Seide a aussi tenté le pari de remplacer les enfants du village par des marionnettes : on entend tout du poème, de son ampleur, de son charme et de son attention au monde. Les acteurs changent de rôles, de perruques, de vêtements, sans jamais avoir le temps de s’installer, et c’est très bien. Tout résonne de cette myriade d’actions minuscules. Cancans, jalousies, beuveries, jeux cruels, vies rétrécies… Le monde de Dylan Thomas n’a rien d’idyllique, mais il est porté par une formidable qualité d’empathie et une forme d’innocence dont Stuart Seide parle bien : «Dylan Thomas évoque […] le temps qui passe, la mort, l’effacement et la trace, la capacité qu’a l’être humain de s’enflammer et se consumer pour des pulsions innocentes. L’enfance est très présente dans son univers : la naissance, la renaissance, la régénération perpétuelle de la vie, de la nature, de l’amour, comme si la vie en général, celle qui se perpétue, avait plus d’importance que nos vies.»