Archives de Tag: mort

L’envol des cigognes

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Troisième opus de Simon Abkarian après Pénélope , Ô Pénélope et Le Dernier Jour du Jeûne9782330073008 qui évoque un pays déchiré par une guerre civile où l’on sent bien à travers les mots qu’il s’agit d’une guerre au nom d’une religion, d’un côté les extrémistes, de l’autre des gens tolérants et généreux. C’est du côté de ces derniers que se trouve la famille de Nouritsa, la mère et de Théos, le père, famille exemplaire car symbolisant une nation toute entière avec ses enfants, ceux qui combattent (Astrig la fille et son mari Aris), ceux qui fondent des familles et qui fuient le pays en guerre pour mieux le reconstruire ailleurs (Zéla, la fille ainée et Xénos le mari étranger). Cette famille va recueillir Orna, jeune fille emblématique de tous les crimes de guerre, violée et torturée pendant de longues journées qui a réussi à s’enfuir, trompant la vigilance de ses bourreaux. Elle va faire le récit de son calvaire et la famille de Nouritsa la vengera , tuant à son tour les bourreaux.
Cette pièce de théâtre en  5 actes , prenante grâce à l’écriture métaphorique, poétique de Simon Abkarian, dévoile ces destins comme autant de tragédies universelles et intemporelles où certains hommes à jamais peuvent faire preuve de barbarie et d’autres de grandeur d’âme et de sacrifice.

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Réparer les vivants

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serveimage-5Autre best-seller de Maylis de Kérangal, Réparer les Vivants raconte l’histoire d’une greffe de coeur, celui de Simon, jeune homme épris de surf, demeurant au Havre, victime d’un accident de la route. Si le roman laisse assez vite de côté la vie de ces jeunes adolescents, l’image de la jeunesse hante ce livre, ou plutôt l’image de la vie à travers cette greffe qui va permettre à Claire, 50 ans d’en bénéficier. Ce roman , c’est surtout le dilemme des parents, la décision du don d’organe. Tout à la fois réaliste et romanesque , on est happé par le souffle de cette écriture, sur 24 heures , telle une tragédie, c’est la décision et la greffe qui doit s’opérer en un temps record, qui s’enchaînent. On n’évite pas le pathos qui serre le coeur et qui angoisse celui des personnages vivants. Un très beau film de Katell Quillevéré est sorti cette année, une adaptation assez fidèle au registre de langue soutenu et esthétique de Maylis de Kérangal, les images sont très belles.
Mais les lieux sont aussi chez Maylis de Kérangal l’occasion d’observer ces jeunes qui s’y meuvent comme une ethnologue qui décrirait au présent les habitudes, les rituels de ces jeunes, les gestes du quotidien, par exemple les jeunes surfeurs au début du livre , « …scrutent ce qui gronde au devant d’eux…les trois garçons maintenant se ressaisissent, règlent leur vision, leur écoute, évaluent ce qui les attend… ».

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Rêve et Folie

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serveimageGeorg Trakl est un autrichien né en 1887 à Salzbourg (Autriche). Ses parents commerçants et catholiques lui font vivre une enfance triste dans un milieu étouffant plein de non-dits. Il vit au milieu d’un décor baroque: églises sinistres, cimetières délicieux. Il commet l’inceste avec sa soeur Grete de cinq ans plus jeune, sans doute le seul véritable amour de la vie de Trakl. De leur liaison est né un enfant qui n’a pas vécu. et puis la drogue, toutes les drogues, du chloroforme à la cocaïne en passant par l’opium, le véronal et le bon vieux vin du Tyrol. Il fait des études moyennes, il choisit le métier de pharmacien à cause de la drogue. Il est tourmenté, d’un équilibre psychique chancelant, il a des sueurs, il est agoraphobe. Il meurt le 3 Novembre 1914 d’une overdose de cocaïne: suicide ou accident ? On ne sait pas. Dans l’écriture, il essaie de se rassembler, de trouver la vérité, la réconciliation , la paix : il veut par les mots transfigurer le monde. D’abord de facture assez classiques comme Baudelaire , ses poèmes sont très construits, il y a beaucoup de sonnets dans Rêve et Déclin , le recueil .Dans Rêve et Folie, long poème en prose, il est inspiré par Rimbaud et ses Illuminations. Il est un Voyant à l’instar du poète français et nous livre ses images du monde comme autant d’éléments à assembler pour faire un tout. Il pourrait reprendre à son compte la lettre de Rimbaud à Paul Demeny : « Je est un autre…Cela m’est évident: j’assiste à l’éclosion de ma pensée: je la regarde, je l’écoute: je lance un coup d’archet: la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur scène… Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens… Si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme; si c’est informe, il donne de l’informe…Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. »
On retrouve chez Trakl les motifs du paysage, des saisons, les souvenirs, les rêves, ces textes peuvent faire penser à des textes fantastiques. Les thèmes récurrents sont le crépuscule et le déclin, les figures convoquées sont souvent l’oiseau, la soeur, l’enfant, le gibier,l’ange, l’étranger… Trakl parle de lui dans Rêve et Folie: mystique, martyr comme ce fils maudit qui traîne le mal derrière lui. Son écriture est faite d’images, d’énumérations nominales, de formes impersonnelles, l’adjectif neutre substantivé.
 » Dans un passage désert, sa forme sanglante lui apparut, raide d’ordure. Il portait un amour plus profond aux oeuvres sublimes de la pierre; au clocher qui, la nuit, assaille de ses grimaces d’enfer le ciel bleu étoilé; à la tombe froide qui garde le coeur ardent de l’homme. Douleur, la faute indicible qu’elle signale. Mais comme il descendait en méditant une pensée brûlante le fleuve automnal, avançant sous des arbres dépouillés, lui apparut dans un manteau de crin, démon flamboyant, la soeur. Au réveil les étoiles s’éteignirent à leur tête. »

La végétarienne

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La Végétarienne est un recueil de trois nouvelles  écrit par Han Kang: La Végétarienne, La Tache mongole, et L’Arbre en feu (Namu bulkkot). Il a été dit que Han fut obsédée durant ses années universitaires par la poésie de Yi Sang et notamment ce vers : « Je pense que les humains devraient être des plantes », pensant que ce vers fut écrit en réaction face à la colonisation japonaise.
Trois nouvelles qui sont écrites d’un point de vue différents et qui éclairent une même histoire,celle d’une femme qui décide un beau jour de ne plus manger de viande: Yonghye est une Coréenne d’une bonne vingtaine d’années, mariée depuis 5 ans. Une nuit, son mari la trouve pieds nus dans la cuisine, devant le réfrigérateur ouvert dont elle sort toute la viande. Dès qu’elle dort elle rêve de scènes de boucheries atroces où se mêlent cadavres humains et animaux. Yonghye devient alors végétarienne et sa vie bascule complètement.

Ce petit roman de quelque 200 pages est divisé en trois parties dont chacune a un narrateur différent : le mari de Yonghye, le mari de Inhye et enfin Inhye, la sœur de Yonghye. Derrière une simple tranche de vie d’une famille coréenne, l’auteur aborde une multitude de questions sociales qui reflètent bien la société coréenne: la difficulté à ne pas adopter un comportement ,une pensée non-conventionnelle,le pouvoir de la famille, être sans arrêt sous le regard inquisiteur de l’autre qui juge , qui exclut violemment si on ne rentre pas dans le rang. Ce livre montre montre comment, de manière métaphorique , refuser de manger de la viande ,c’est refuser la violence des hommes,leur cruauté mais les conséquences sont lourdes. Pas de pathos mais des constats par touches légères.
J’ai adoré ce roman qui, par son écriture délicate et raffinée, nous fait  sentir le rapport à la nature, à la vie , à la mort , à la normalité comme si le monde végétal laissait plus d’échappatoire que le monde humain ou animal. C’est un constat très pessimiste sur l’existence en Corée. C’est un très beau livre sur les corps, sur la sensualité.

Celui qui revient

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Très belle découverte que cette auteure coréenne Han Kang née en 1970 à Gwangju.
Ce livre rapporte les faits qui se sont déroulés à Gwangju en Mai 1980 : Tout commence le 26 Octobre 1979 avec l’assassinat du président Parker Chung-hee par le chef de la Korean Central IntelligenceAgency (KCIA), c’était un militaire dictateur, alors les Coréens entrevoient l’espoir démocratique. Mais l’espoir est de courte durée : le 12 Décembre 1979, une junte militaire menée par le général Chun Do-hwan s’empare du pouvoir, le 17 Mai 1980, la loi martiale est renforcée. Des troupes paramilitaires prennent possession de toutes les grandes villes,les universités sont fermées. A Gwangju,bastion politique de l’opposition, les étudiants réclament la réouverture de l’Université de Chonnam. Le 18 Mai 1980, ils manifestent dans les rues de Gwangju. Face aux brutalités militaires, la population crée une milice ,prennent les armes et créent l’armée des citoyens de Gwangju. Le 27 Mai, 5 divisions sont lâchées sur la ville. 90 minutes plus tard,le soulèvement démocratique est écrasé dans un bain de sang. Au total 4369 personnes blessées ou arrêtées . 154 morts, 74 disparus. Ceux qui ont été arrêtés ont été torturés et jugés.
L’histoire de ce livre se passe lors de ces jours deMai 1980. Différents chapitres évoquent un groupe de jeunes qui résistent aux militaires et qui identifient les corps des tués pour les rendre aux familles. Puis 10 ans après,dans une maison d’édition, une jeune femme travaille sur un texte censuré, puis 20 ans après ce livre s’écrit. La structure fait passer le lecteur d’une époque à une autre , d’un narrateur à un autre, d’une conscience à une autre : on est au cœur du tourment que ces âmes ont enduré ou endurent quand elles ravivent des souvenirs douloureux. Ce livre est aussi l’occasion pour son auteur  d’évoquer les idéologies autoritaires qui ont présidé à la mise en place de la démocratie coréenne (dans les usines notamment et le mouvement syndicaliste ouvrier) .Le point de vue alterne les « tu », les « vous »,les « je » comme si l’instance  suprême était l’écrivain qui par cette mise en distance, éclaire le rapport à sa propre conscience, comme si le personnage se parlait à lui même , comme si l’auteur faisait revivre ses personnages morts, leur redonnait le pouvoir de témoigner. Mais aussi comme si les personnages dotés d’une vie autonome s’adressaient à l’auteur pour lui dire leur souffrance à se souvenir , à mettre des mots sur les drames.
Sur une trame historique, j’ai adoré le style de l’auteur pur et éthéré empreint de bouddhisme (l’importance de la nature,la réincarnation des âmes mortes…).
Le titre peut s’expliquer aussi par le fait que  le soir du 18 Mai 1980,les forces militaires avaient prévu d’attaquer la préfecture où les corps étaient entreposés pour les faire disparaître et pour  tuer les résistants; seuls quelques résistants avaient décidé de revenir aider dont Tongho: il est revenu malgré  l’insistance de sa mère.

Locataires

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Film sulfureux et onirique de KIM Ki-duk, où l’on voit Tae-suk qui arpente les rues à moto. Il pénètre et occupe des maisons délaissées par leurs propriétaires, sans jamais rien y voler. Un jour, il s’installe en silence dans une maison aisée où loge Sun-houa, une femme maltraitée par son mari. Débute alors une histoire d’amour surréaliste…

Secret Sunshine

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A la suite du décès de son mari, Shin-ae vient s’installer à Miryang, la ville natale de celui-ci avec son petit garçon. entre ses cours de piano, ses nouvelles relations et Jong-chang, le patron d’un garage qui tente de se rapprocher d’elle, cette jeune femme douce et discrète débute une nouvelle existence. Jusqu’au jour où la tragédie frappe à nouveau.
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Face à ce nouveau drame, Shin-ae va tenter de redonner un sens à sa vie en rencontrant Dieu. Film de Lee Chang-dong où toute la beauté du film réside dans l’interprète féminine Song Kang-ho.
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