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La végétarienne

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La Végétarienne est un recueil de trois nouvelles  écrit par Han Kang: La Végétarienne, La Tache mongole, et L’Arbre en feu (Namu bulkkot). Il a été dit que Han fut obsédée durant ses années universitaires par la poésie de Yi Sang et notamment ce vers : « Je pense que les humains devraient être des plantes », pensant que ce vers fut écrit en réaction face à la colonisation japonaise.
Trois nouvelles qui sont écrites d’un point de vue différents et qui éclairent une même histoire,celle d’une femme qui décide un beau jour de ne plus manger de viande: Yonghye est une Coréenne d’une bonne vingtaine d’années, mariée depuis 5 ans. Une nuit, son mari la trouve pieds nus dans la cuisine, devant le réfrigérateur ouvert dont elle sort toute la viande. Dès qu’elle dort elle rêve de scènes de boucheries atroces où se mêlent cadavres humains et animaux. Yonghye devient alors végétarienne et sa vie bascule complètement.

Ce petit roman de quelque 200 pages est divisé en trois parties dont chacune a un narrateur différent : le mari de Yonghye, le mari de Inhye et enfin Inhye, la sœur de Yonghye. Derrière une simple tranche de vie d’une famille coréenne, l’auteur aborde une multitude de questions sociales qui reflètent bien la société coréenne: la difficulté à ne pas adopter un comportement ,une pensée non-conventionnelle,le pouvoir de la famille, être sans arrêt sous le regard inquisiteur de l’autre qui juge , qui exclut violemment si on ne rentre pas dans le rang. Ce livre montre montre comment, de manière métaphorique , refuser de manger de la viande ,c’est refuser la violence des hommes,leur cruauté mais les conséquences sont lourdes. Pas de pathos mais des constats par touches légères.
J’ai adoré ce roman qui, par son écriture délicate et raffinée, nous fait  sentir le rapport à la nature, à la vie , à la mort , à la normalité comme si le monde végétal laissait plus d’échappatoire que le monde humain ou animal. C’est un constat très pessimiste sur l’existence en Corée. C’est un très beau livre sur les corps, sur la sensualité.

Au revoir là-haut

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D’habitude je ne lis jamais les prix littéraires car, n’étant pas dupe, comme de nombreux lecteurs,  du caractère commercial et « politique » de ces distinctions, je préfère lire de la vraie littérature « dé-concertante » pour reprendre encore ce terme de Dominique Viart si bien trouvé. Mais j’ai cédé aux appels de ma propre mère, grande lectrice, et à l’occasion que m’offrait la médiathèque d’Albi d’avoir entre les mains , le Prix Goncourt 2013. Et bien , j’ai aimé ce roman-fleuve de la première guerre mondiale, romanesque à souhait et j’avais hâte de savoir ce que les personnages allaient devenir. Et Pierre Lemaître, que j’ai rencontré à propos de littérature policière à Toulouse en novembre 2014, par sa verve m’a donné envie de découvrir son best- seller. Il a fait comme Stendhal à la fin de ses livres : il a expédié le destin de ces personnages un peu trop vite à mon goût, le lecteur est frustré, mais n’a t-on pas parlé d’une suite ?
Pour donner à d’autres , l’envie de lire ce livre , voici le résumé extrait, je l’avoue de Wikipédia:
Au sortir de la Première Guerre mondiale, deux anciens poilus, Édouard Péricourt (fils de la haute bourgeoisie, dessinateur fantasque et homosexuel rejeté par son père) et Albert Maillard, modeste comptable, font face à l’incapacité de la société française de leur ménager une place. Leur relation naît le 2 novembre 1918, juste avant la fin de la Grande Guerre. Albert est le témoin d’un crime : le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle, aristocrate arriviste qui veut gagner ses galons de capitaine, parvient à lancer une dernière offensive en faisant croire que les Allemands, qui attendent pourtant l’Armistice comme les Français, ont tué deux de ses hommes éclaireurs mais Albert a compris que c’est son lieutenant qui leur a tiré une balle dans le dos. Pendant l’offensive, Pradelle pousse Albert dans un trou d’obus, ce dernier se retrouvant enterré vivant face à une tête de cheval mort. In extremis Édouard sauve Albert d’une mort atroce au prix de sa défiguration par un éclat d’obus, faisant de lui une gueule cassée alors qu’Albert, traumatisé, devient paranoïaque.
Démobilisés, Albert et Édouard, amers, vivent difficilement à Paris. Ces deux laissés-pour-compte se vengent de l’ingratitude de l’État en mettant au point une escroquerie qui prend appui sur l’une des valeurs les plus en vogue de l’après-guerre : le patriotisme. Ils vendent aux municipalités des monuments aux morts fictifs. Quant au lieutenant Pradelle, il profite des nombreux morts inhumés dans des tombes de fortune sur le champ de bataille pour signer un contrat avec l’État qui prévoit de les réinhumer dans des cimetières militaires, vendant « aux collectivités des cercueils remplis de terre et de cailloux, de morceaux de cadavres français, voire de soldats allemands .

Pierre Lemaitre a emprunté le titre de son roman à la dernière lettre adressée à sa femme par le soldat Jean Blanchard injustement fusillé en 1914 et dans laquelle il écrit « Au revoir là-haut ma chère épouse ».
Si l’arnaque des monuments aux morts est inventée par l’auteur, celle du trafic des cercueils se base sur une réalité historique.
À l’issue de la Première Guerre mondiale, la majorité des familles endeuillées souhaite exhumer le corps de leur parent mort au feu afin de l’inhumer dans le cimetière communal mais le gouvernement interdit cette pratique par souci d’hygiène, d’économie et pour ne pas mettre en danger l’intégrité et l’identité des cadavres. Bravant cette interdiction, ces familles entreprennent par elles mêmes ou en faisant appel à des « mercantis de la mort » (entrepreneurs locaux ou « maisons » de pompes funèbres parisiennes, voire des escrocs), à violer les sépultures militaires et ramener clandestinement les restes mortels. Le développement de cette pratique illicite dans les années 1919 et 1920 incite le Ministère de l’Intérieur à prendre des décisions, oscillant entre prévention et répression, jusqu’à la loi du 31 juillet 1920 qui prévoit que la totalité des frais de transfert autorisé des corps de soldats morts sont désormais à la charge de l’État.

Une écriture d’une énergie folle , truculente parfois, une imagination diabolique : je me suis laissée prendre avec plaisir par le romanesque indéniable de l’auteur, très sympathique et malicieux lors de rencontres.

Le Roi Lear

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Incontournable Shakespeare ! L’intrigue du Roi Lear est des plus complexes. Elle se noue en effet autour de deux histoires principales liées entre elles, celle du Roi Lear et celle de son loyal sujet, le comte de Gloucester. Le Roi Lear partage son royaume entre ses trois filles en leur demandant en échange de lui exprimer leur amour. Goneril et Regan s’empressent de faire ses louanges, de façon quelque peu outrée, mais Cordelia se refuse à rivaliser avec la rhétorique de ses sœurs, par peur de dénaturer le véritable amour qu’elle porte à son père. Celui-ci la déshérite, et elle épouse le Roi de France.
Le comte de Gloucester, pour sa part, se laisse convaincre par son fils bâtard, Edmund, que son fils légitime Edgar complote contre lui. Il répudie ce dernier, et ne tarde pas à être évincé par Regan et son mari Cornwall lorsque ceux-ci apprennent qu’il est resté loyal à Lear.
Lear quant à lui n’a pas tardé à comprendre toute la fausseté de Goneril et Regan qui l’éloignent de plus en plus du pouvoir. Fou de douleur, il décide de quitter définitivement la cour.
En apprenant les faits, Cordelia se rend à Douvres à la tête d’une armée. Avant une bataille qui l’opposera à l’armée anglaise, elle a le temps de se réconcilier avec son père. Les troupes de Goneril et Regan l’emporteront cependant. La simple perspective de passer le restant de ses jours en compagnie de sa fidèle et aimante Cordelia suffit à Lear. Malheureusement, Edmund ordonnera l’exécution du père et de la fille.
Edgar, déguisé en vagabond fou depuis qu’il a été répudié, se bat contre Edmund qu’il blesse mortellement. En assistant à cette fin, Goneril, qui a fait empoisonnée sa sœur Regan par jalousie, se suicide pour suivre Edmund dans la tombe. Ce dernier, avant de pousser son dernier soupir, revient sur son ordre d’assassiner le Roi Lear et Cordelia.
Malheureusement, le contrordre vient trop tard. Le Roi Lear apparaît, la dépouille de Cordelia dans les bras. Il a tué l’homme qui l’a pendue sans pour autant avoir pu empêcher la mort de sa fille. Fou de douleur, il meurt à la fin de la pièce, serrant encore le corps de Cordelia.

La mise en scène de Jean-François Sivadier en 2008 , 3H45, ça se mérite et puis , il y a Nicolas Bouchaud ! un acteur extraordinaire !

Jean-François Sivadier a donné pour seul décor à ce Roi Lear un immense parquet oblique, recouvert d’un voile rouge . C’est là, sur cette toile rouge sang, que la tragédie trouve son origine : tour à tour, chacune des filles de Lear doit dire son amour pour son père pour obtenir son héritage, ce à quoi Cordélia se refuse obstinément. À l’émiettement irrémédiable du royaume de Lear qui le divise en deux et en offre une part à chacune de ses deux filles qui a su lui prouver son amour, correspond dès lors l’émiettement du plateau en multiples plateformes roulantes qui permettent d’inventer des espaces différents à chaque scène. L’idée est belle et offre surtout une mobilité inattendue à l’espace qui rompt avec la solennité du lieu. C’est dans cet espace multiple qu’évoluent les acteurs, tous plus brillants les uns que les autres. Nicolas Bouchaud, génial, immense, incarne, à quarante ans, un Lear jeune, vigoureux, étonnant,  toujours jubilant, toujours éblouissant. Dans cet espace habilement pensé et avec cette troupe génialement composée, Jean-François Sivadier propose, dans Le Roi Lear, quelques scènes magnifiques : celle de l’orage où la tempête se confond avec la folie de Lear est des plus troublantes ; celle de la guerre où les acteurs, installés sur des plate-formes roulantes, chargent les spectateurs, éblouissante. Il est vrai, on se perd parfois un peu dans ce foisonnant Roi Lear au point de ne plus cerner l’enjeu réel de la pièce, de ne plus comprendre ce qui s’y passe – mais la pièce elle-même, construite autour de la folie d’un homme, n’est-elle pas souvent obscure ? et la mise en scène, dès lors, plutôt que de tenter à tout prix de la rendre lisible, compréhensible, n’a-t-elle pas pour fonction de dévoiler ce chaos qui la compose ? L’essentiel demeure que cette représentation du Roi Lear nous oblige à réenvisager, redécouvrir voire relire une pièce maintes fois vue et lue pour prendre la mesure précise du chaos qui la fonde et des questions qu’elle soulève. Et pour cela, cette représentation n’en est que plus magnifique…