Archives de Tag: fantaisie

La Cantatrice Chauve

Par défaut

serveimage J’ai relu La Cantatrice Chauve de Ionesco, courte pièce, ou plutôt anti pièce puisque son auteur déconstruit ce qui fait le théâtre et ses conventions , d’écriture et de mise en scène. Tout d’abord, pas de sujet précis Mr et Mme Smith reçoivent Mr et Mme Jones chez eux, il y a Mary la bonne et arrive le capitaine des pompiers. Ils parlent de rien , enchaînant des répliques sans contenu cohérent , simplement animées par des intentions, la colère, la séduction, la politesse forcée… Des didascalies à la fois précises et floues: un intérieur anglais, une horloge, une porte où l’on sonne. Les répliques des Smith du début  à la fin sont reprises par le couple John, comment si les personnages n’avaient pas d’identité, comme s’ils étaient interchangeables; il n’y a donc pas de construction psychologique des personnages. C’est une déconstruction dans les années 50 du théâtre bourgeois , du théâtre de boulevard : le théâtre de l’absurde critiquant les fausses postures de la bourgeoisie et le caractère vain de leurs discussions, de leurs préoccupations.
La mise en scène de cette pièce a souvent essayé de représenter sur scène ce côté ridicule de la bourgeoisie et ses références au théâtre. Une représentation fameuse, celle de Jean-Luc Lagarce. http://fresques.ina.fr/en-scenes/fiche-media/Scenes00216/la-cantatrice-chauve-mise-en-scene-par-jean-luc-lagarce.html
Laurent Pelly au TNT en Mars 2016 en a donné sa version

 01.177.77_CANTATRICE_CHAUVE_12 Cantatrice_Fiche_2

Décor anglais : pièce toute en profondeur tendue sol et murs de tissus écossais, intérieur bourgeois constitué d’une multitude de fauteuils jaunes modernes identiques, dont on peut moduler l’agencement. Une porte au fond s’ouvrant et se fermant grâce à un système sophistiqué composé d’un digicode et d’un écran de surveillance. Décor rappelant Mon Oncle de Jacques Tati. Les personnages aussi avec leur costume : combinaison bleu pétrole pour Mme Smith, robe verte pour Mme Jones, chaussures à talon genre escarpins de couleur argentée ou dorée, costumes-cravates pour les hommes, que des stéréotypes. Comme si nous assistions à une comédie de la bourgeoisie en train de recevoir ses voisins, de la comédie dans la comédie. Le jeu des acteurs est assez nuancé, un peu caricaturé mais pas trop , évitant le rire facile .
Une vidéo du spectacle :https://www.youtube.com/watch?v=-NpzPObZyyE
Le dossier pédagogique : http://www.tnt-cite.com/custom/upload/contenu//Dossier_pedagogique_Cantatrice.pdf
Interview de Ionesco : https://www.youtube.com/watch?v=Qih8bwcfh1U

La Poudre aux yeux

Par défaut

th  dasweisse4

C’est dans la perspective d’aller au TNT voir une adaptation de deux pièces de Labiche par Christoph Marthaler que j’ai lu ces pièces La Poudre aux Yeux et Un Mouton à l’entresol.
De la poudre aux yeux
Pièce de Labiche en deux actes, on retrouve ici le ridicule des bourgeois qui veulent briller par leur apparence. Les Malingear et les Ratinois veulent marier leurs enfants respectifs Emmeline et Frédéric. En s’invitant mutuellement , ils se jettent de la poudre aux yeux, c’est à dire qu’ils donnent aux autres une fausse apparence d’eux mêmes pour éblouir: belles toilettes, repas somptueux, soirées à l’opéra, domestiques distingués alors qu’ils ne sont que « docteur sans patientèle » ou « confiseur ». Deux actes, deux lieux, les mêmes simagrées, pas un bourgeois ne rattrape l’autre. Mais ce sont surtout les femmes qui en prennent pour leur grade, elles sont les instigatrices de cette mascarade. Théâtre,certes misogyne, mais la caricature de la bourgeoisie est vive et acerbe. Les jeunes s’en sortent mieux, plutôt indifférents mais acceptant l’enjeu social et matériel que leur union représente. Un peu du Bourgeois Gentilhomme de Molière.

Un mouton à l’entresol
On frise l’absurde avec cette courte pièce de Labiche toujours. Cette fois ce sont les valets qui font preuve de rouerie et d’intelligence et qui trompent leurs maitres pour arriver à leurs fins. Dans la lignée des Fourberies de scapin de Molière. Mr et MMe Fougalas ont un valet « bossu » épris de science, Falingard et dont le dessein est d’opérer un mouton et une jeune domestique Marianne dont le maître ferait bien son quatre heures. Profession à nouveau ridiculisée par Labiche : la médecine, qui dans la lignée du Malade Imaginaire ou du Médecin malgré lui, apparait prétentieuse, ignorante et préoccupée par la bagatelle plutôt que par la guérison de ses patients.Ces domestiques,faisant croire qu’ils sont mariés, savent se servir des faiblesses de leurs patrons et se rendre indispensables dans les mensonges de chacun, car madame aussi aimerait pouvoir rencontrer son amant tranquillement! Il s’avère qu’au final, par échange de bons procédés, le valet obtient son mouton à l’entresol.

dasweisse2  C’est toujours dans la veine de l’absurde que le metteur en scène suisse-allemand Christoph Marthaler a choisi de mettre en scène ces pièces.
Une pièce est une bête à mille pattes qui doit toujours être en route.
Si elle se ralentit, le public baille ; si elle s’arrête, il siffle, disait Eugène Labiche.
Avec cette adaptation débridée de La Poudre aux yeux et d’Un mouton à l’entresol, Christoph Marthaler nous dépeint les bégaiements et les absurdités d’une certaine bourgeoisie.
La famille Malingear parle un français châtié, les Ratinois un patois allemand : niveau communication, ce n’est pas gagné. Et c’est d’autant plus un souci quand leurs deux rejetons ont pour projet saugrenu de se marier. Pour faire monter la dot et impressionner l’autre parti, chacune des familles gonfle sa propre richesse, jusqu’à ne plus pouvoir tenir cette escalade de mensonges entre deux silences gênés. En arrière-fond, une cloche sonne, sans discontinuer, c’est le temps bourgeois qui ne passe pas, qui ne suppose ou ne supporte aucun changement, sous le regard des portraits austères des ancêtres…
Dans ce spectacle bilingue où tout le monde parle sa langue et personne celle de l’autre, Christoph Marthaler nous met face à toutes ces petites reconstructions de la réalité auxquelles nous nous livrons sans cesse pour accommoder nos vies, tenir nos apparences et maquiller nos faiblesses, nos trouilles. On reconnaît bien là, la patte du metteur en scène suisse, dont les personnages sont toujours à côté de l’époque, de la vie, du fauteuil… Ils semblent sortis d’un autre temps, perdus dans un aujourd’hui contre lequel ils se débattent toujours maladroitement.
Ils sont un peu ringards, décalés et presque par hasard attendrissants. Ici, on chante ce qu’on n’arrive pas à dire et on célèbre l’absurdité hilarante du moment présent.
Une île flottante – ce dessert, un océan de crème anglaise avec un nuage de sucre et d’air – est la parfaite métaphore de ce mélange entre promesse et déception qui caractérise toute passion : la vie est toujours une déception mais on ne renonce jamais.
dasweisse3   Fin 2011, au Théâtre de Bâle, Christoph Marthaler se voit décerner l’Anneau Hans-Reinhart, la plus haute distinction du théâtre helvétique.

Jubilation autour du maître. Une seule question reste sans réponse : pourquoi si tard ?
Marthaler est sans aucun doute l’homme de théâtre suisse le plus connu, ici comme à l’étranger. En Suisse, depuis ses années mouvementées de directeur artistique au Schauspielhaus de Zurich, de 2000 à 2004, tous connaissent son nom, même ceux qui ne s’intéressent pas à son art et, à l’étranger, son travail a comme nul autre marqué l’idée qu’on se fait du théâtre suisse.
La mélancolie du chant, l’individualisme extravagant des personnages, cette façon de persister dans l’impasse : les oeuvres créées par Marthaler et son ensemble prennent racine dans la culture populaire suisse, ainsi que dans le Lied, sous sa forme théâtrale de récital. Le musicien de théâtre et diplômé de l’Ecole Lecoq, qui, au début des années 1990, avait percé au firmament international comme une étoile à vocation tardive – il avait 40 ans -, s’éleva en un temps record au statut de star établie dont la réputation n’est plus à faire. Et même si le langage de Marthaler est resté à plus d’un égard « suisse », nombreux sont ceux qui à l’étranger ont pu s’identifier aux paysages subjectifs qu’il dessine. Cela montre bien qu’un enracinement local et un écho plus global ne sont pas nécessairement antinomiques, au contraire.
Aujourd’hui, quantité de ses spectacles sont de si lourdes coproductions internationales que la plupart ne peuvent même pas être présentés en Suisse : trop grands, trop coûteux. Son travail n’est possible que grâce à ses interprètes, a insisté Marthaler lors de la remise du prix à Bâle. Certains l’accompagnent depuis des décennies – ce n’est pas un hasard si l’on parle souvent d’une famille Marthaler. Ce même soir, il a aussi rappelé, avec un brin de nostalgie peut-être, qu’il venait de la scène indépendante. C’est là qu’il a pu réaliser ses premières créations, et même si ses conditions de production ne peuvent plus se comparer à celles du milieu indépendant depuis longtemps, son esthétique débordant les genres renvoie aujourd’hui encore à des libertés et tendances qu’on trouve plus spécifiquement dans ce milieu. Il n’y a pas à proprement parler d’élèves ou d’épigones de Marthaler, mais il représente une référence incontestable dans le théâtre suisse. Et il a tout aussi incontestablement conféré la légitimité de l’évidence à un théâtre performatif qui se joue des frontières, en allant au-delà du « faire comme si » classique et de l’interprétation de textes dramatiques existants.

Dagmar Walser, Mouvement, « La scène suisse dans tous ses éclats »

théâtre Garonne, Journal d’Hiver, www.theatregaronne.com

dasweisse1Theater Basel / Das Weisse Vom Ei / Raphael Clamer, Marc Bodnar

Le retour

Par défaut

79832259_oretour

 

Harold Pinter, prix Nobel a écrit une pièce qui raconte le retour de son fils Teddy après des années, c’est comme si rien n’avait bougé. Le fils arrive avec sa bru et le père est enfermé dans ses réminiscences des beaux jours où sa femme était encore vivante, cependant on ne sait pas ce qu’il en est vraiment puisqu’elle est traitée assez vite de salope et de garce. C’est, lui, Max, le père qui a élevé ses enfants. Pinter, dans ses pièces, parle souvent d’oppression, d’atmosphère étouffante, il essaie de montrer l’inconscient des individus sur scène d’où parfois des situations, des répliques loufoques. Dans la scène pintérienne, on voit le rêve, le fantasme, l’acte manqué, c’est un auteur qu’on peut qualifier de difficile à comprendre.

Luc Bondy nous a proposé en 2012 au TNT une mise en scène qui a attiré le public. Voyez plutôt la distribution : Bruno Ganz dans le rôle du père, Louis Garrel, Pascal Grégory, Jérôme Kircher,Micha Lescot, Emmanuelle Seigner. Tout se joue dans une pièce, les gens se tournent le dos, il a mis en évidence les rivalités, les désirs, les silences. On a l’impression que les personnages sont sur un ring. On s’agresse, on se cogne, on crache les mots comme les vipères et les crapauds , on veut être le mâle dominant. Et cela passe par l’asservissement de la femme. D’ailleurs j’ai trouvé le jeu d’Emmanuelle Seigner et de Louis Garrel assez faible à côté des autres , c’est vrai que le théâtre, ce n’est pas du cinéma!.

Cent ans de solitude

Par défaut

9782020238113Ecrivain colombien

 

Garcia Marquez, prix Nobel de Littérature en 1982 écrit cette épopée vaste et multiple, pleine de rêve et de réel. Histoire délirante d’une dynastie : la fondation par l’ancêtre d’un village sud-américain isolé du reste du monde. Un univers marqué par la magie, l’alchimie, la décadence, le déluge, la mort. On pourrait penser à Don Quichotte par sa démesure, son sens de la parodie, sa fête des mots. Un chef-d’oeuvre de la littérature mondiale.

Fictions

Par défaut

9782070366149Ecrivain argentin

Quelle production !!! On peut penser que c’est un écrivain peu accessible mais la littérature est pour lui un absolu et écrire est , dit-il, sa seule raison d’exister. Dans Fictions, recueil de nouvelles, Borges explore les possibles littéraires, choisit le fantastique comme métaphore de la littérature qui n’est que fabulation, il refuse la notion de réalisme. Il veut également exprimer l’inintelligibilté du monde, c’est le lecteur qui va lui donner une intelligibilité. Borges ne veut pas rassurer le lecteur, il veut le faire réfléchir, ébranler ses convictions, il joue avec le lecteur car il mélange réel et fiction pour montrer que toute connaissance est révisable. En particulier lire les « Ruines circulaires », « le Sud ».

Fuir

Par défaut

9782707320957

 

Le héros de Jean-Philippe Toussaint doit partir en Chine (Pékin) pour affaires, sa compagne Marie lui a demandé de lui rendre quelques services. Comme d’habitude, ce héros ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive, est-il manipulé par une jeune chinoise séduisante qui l’accompagne partout Li Qi ou par son accolyte Zhang Xiangzhi s’occupant d’affaires douteuses ? ou par Marie elle même ? Course poursuite, voyage en train entre Pékin et Shangaï, retour en France puis en Corse pour l’enterrement du père de marie. Véritable périple au voyage au centre de soi-même, pour fuir quoi ? une aventure qui se délite , qui ne parvient pas à se terminer ?

l’Appareil-photo

Par défaut

41NAt7dj8gL._AA278_PIkin4,BottomRight,-55,22_AA300_SH20_OU08_

 

J’aime beaucoup Jean-Philippe Toussaint dont j’ai lu beaucoup d’ouvrages, j’aime son univers loufoque et ses personnages décalés jamais en phase avec le monde moderne, j’aime sa langue distanciée et poétique parce que ses personnages sont profondément tragiques sous leur apparente frivolité.

Le personnage de ce roman veut prendre des cours de conduite dans une auto-école, il ne parvient pas à compléter son dossier d’inscription car il manque une photo d’identité mais il hésite à en faire car la photo, pour lui, fixe un instant de son existence or la sienne lui parait fuyante. Il rencontre Pascale, la fille de l’auto-école, part avec elle en Angleterre, trouve un appareil-photo. Que va t-il en faire ? Va t-il le jeter ? va t-il développer la pellicule de son ancien propriétaire pénétrant ainsi par effraction l’intimité des autres ? Va t-il enfin se prendre en photo  ? Va t-il prendre en photo le monde qui l’entoure pour mieux l’observer et le comprendre ? Beaucoup de situations insolites, d’humour, lecture jubilatoire.