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Au commencement du septième jour

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serveimage-3Thomas, informaticien de 37 ans capable de prévoir et d’analyser n’importe quelles données, de coder n’importe quelle information est incapable de maîtriser le cours de sa vie et des drames qui l’émaillent, il n’a aucune prise sur son existence. Luc Lang, en écrivain aguerri, manie la phrase comme un scalpel et met à vif des blessures qu’on ne sait pas forcément soigner. Et l’écrivain embarque le lecteur  au côté du personnage pour une traversée sans garde-fous où l’on manque à chaque virage de  chavirer. On épouse les angoisses de Thomas , ses doutes, ses fantasmes et l’on avance avec lui à travers Paris, le Havre, les Pyrénées, l’Afrique à la recherche de sa géographie intérieure. Lieux familiers des origines, les Pyrénées, lieux urbains quotidiens, lieux lointains et exotiques se superposent à sa quête familiale.  Cette traversée des territoires, c’est un  voyage au coeur de l’intime. J’aimerais rapprocher cela de ce que dit Marie-Hélène Lafon quand elle parle de ses paysages du Cantal (en souvenir d’une rencontre publique entre elle et Luc Lang à Toulouse si émouvante à propos de la famille et de Mother)  ; dans Traversée elle parle  de sa géographie natale, pour elle le paysage est matière, le paysage est corps, le paysage est écriture, l’écriture dessine un paysage sur la page , dans l’imaginaire: « Le corps immuable du pays s’inscrit dans ma mémoire et dans mon corps qui grandit et devient, entre dix ans et dix-huit ans; c’est un corps à corps; ça se fait évidemment à mon insu, ça me traverse et je ne choisis pas; la poussée des choses est sourde et puissante, organique et considérable; elle commande et c’est tout. »
Luc Lang joue avec les codes: écrivain, narrateur, personnage, lecteur, qui est qui ? l’écrivain-narrateur maintient le lecteur dans l’incertitude le privant des scènes-clés du livre: la mort de Camille, la femme de Thomas, la mort du frère aîné, Jean.Le lecteur reconstruit la vie de Thomas tout autant que Thomas lui-même cherche à comprendre son existence et celle de ses proches. Comme lui, nous apprenons l’essentiel au détour d’une phrase , d’une parole. C’est un inconfort exaltant pour le lecteur.
L’écriture de Luc Lang est cinématographique: l’auteur promène sa caméra sur l’univers de Thomas, celui de ses enfants, de ses collègues, sur ses actions, ses déplacements , sa maison, ses pensées intérieures, ses rêves… Luc Lang, écrivain-narrateur tient à distance les paroles de ses personnages, tous ses dialogues sont intégrés au récit comme une bande-son. Même son roman en 3 parties rappelle le montage cinématographique avec beaucoup d’ellipses, il impose à sa narration des séquences qui tissent d’implicite le déroulement de l’existence de Thomas.
Luc Lang joue avec ses personnages, surtout dans des situations dramatiques les enveloppant d’un burlesque pathétique à la Beckett ou à la Chaplin… On sourit dans la scène dans laquelle Thomas, au chevet de Camille, sa femme dans le coma, est obligée de venir au secours de sa belle-mère, évanouie et qu’il doit traîner et dont les jambes se retrouvent coincées dans le sas de la chambre stérile. On sourit aussi du clin d’oeil que Luc Lang fait au lecteur quand Thomas, au Cameroun, soupçonné d’être un agent du Tchad, raconte en long et en large sa vie en France et les raisons de sa présence en Afrique, on lui demande « de faire court et de ne pas raconter un roman »!
Thomas, le frère cadet et préservé des drames familiaux deviendra celui qui conjure la malédiction en adoptant (ou pas ?) un petit enfant noir, Aliou, qui pourrait être celui de Jean, de Camille, de Pauline…

Cette épopée magistrale s’ouvre aussi sur la société actuelle et le monde du travail, univers impitoyable et aliénant, certains en meurent, d’autres le fuient, Thomas apprendra à le contourner.  Ces 500 pages nous emportent, on devient si familier des personnages, on est dans une telle connivence avec Thomas qu’on voudrait que cette histoire ne s’arrête jamais…
Au commencement du septième jour : c’est dimanche, la veille c’était un samedi où la vie de Thomas bascule, l’accident de Camille; c’est aussi au bout de 7 jours de marche qu’il frôle la mort dans les Pyrénées. Thomas, Jean, Paul(ine), des prénoms bibliques, 3 parties, 3 Livres, un récit édifiant?, une parabole ? …

Ici ça va

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Les livres se tiennent la main. entre eux je veux dire. Les livres se rencontrent, s’aiment, se quittent. Les livres correspondent. Communiquent. Ils s’écrivent. Ils s’envoient des courriers, des télégrammes. des lettres du front. Ici ça va est une lettre du front. C’est par ces mots que je commencerais une lettre si j’étais loin, que j’allais bien et que je voulais rassurer quelqu’un. C’est par ces mots que je commence la plupart de mes lettres en fait. Du moins depuis quelques années. Ici ça va est l’histoire d’une reconstruction, d’une rénovation. D’une remise à jour dans le sens d’un retour à la lumière. C’est l’histoire d’une rivière, d’une maison, de deux personnes qui s’aiment, debout, d’une histoire familiale, d’un homme qui se sert de derrière pour regarder devant. C’est un livre qui a la prétention de l’aube, de l’horizon, du recommencement. Un livre comme certains matins. Parfois. Un livre qui veut croire. Je l’ai écrit naturellement (et il n’y a pas beaucoup de choses que je fasse naturellement) après Nos cheveux blanchiront avec nos yeux. Ce n’est pas une suite, mais il lui succède. Il achève. Comme un enfant achève de devenir adulte. Et les bonnes fins sont toujours des débuts.
Thomas Vinauserveimage-25

Dans les rapides

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serveimage-10Le Havre, 1978. Elles sont trois amies inséparables. Un dimanche de pluie, elles font du stop et dans la R16 déboule la voix de Debbie Harris, la chanteuse de Blondie. Debbie devient leur idole , chaque chapitre a pour titre une chanson de Paralell Lines. Roman rock et musical dans les rues mornes du Havre, elles attendent quelque chose, mais quoi ?

Tangente vers l’est

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serveimage-11Maylis de Kérangal  raconte la rencontre improbable d’Aliocha, jeune conscrit russe qui prend le transibérien à Moscou pour rejoindre son lieu d’affectation et d’Hélène, jeune femme française.
Comme cela se passe tous les ans  au mois d’avril, les jeunes hommes russes sont obligés de partir faire leur service militaire , et de faire la guerre si la Russie entre en conflit. Donc, beaucoup de jeunes russes ne veulent pas y aller et cherchent à se faire réformer car en plus, de nombreux cas de sévices physiques, sexuels ou psychologiques entachent l’armée russe. D’ailleurs, après le martyre du soldat Sytchev, un comité des mères de soldats, avec à sa tête Valentina Melnikova aide les jeunes et dénonce les abus de l’armée couverts par l’état. L’idée de la désertion va germer dans l’esprit d’Aliocha et se retrouvant par hasard dans le même compartiment qu’Hélène pour se cacher, un curieux concours de circonstances va les rassembler dans leur fuite.
Texte de commande pour France Culture, Maylis de Kérangal avait été invitée comme une dizaine d’écrivains à monter dans le Transibérien et à écrire son journal de bord, journal qui serait diffusé sur les ondes pendant une semaine à raison de 5 X 30 minutes. Donc ce texte , d’abord destiné à être lu à la radio devait durer 2h30. Donc c’est un texte court et oral que Maylis de Kérangal a quand même retravaillé jusqu’à en transformer le titre, il s’appelait en version radio Lignes de Fuite.

Réparer les vivants

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serveimage-5Autre best-seller de Maylis de Kérangal, Réparer les Vivants raconte l’histoire d’une greffe de coeur, celui de Simon, jeune homme épris de surf, demeurant au Havre, victime d’un accident de la route. Si le roman laisse assez vite de côté la vie de ces jeunes adolescents, l’image de la jeunesse hante ce livre, ou plutôt l’image de la vie à travers cette greffe qui va permettre à Claire, 50 ans d’en bénéficier. Ce roman , c’est surtout le dilemme des parents, la décision du don d’organe. Tout à la fois réaliste et romanesque , on est happé par le souffle de cette écriture, sur 24 heures , telle une tragédie, c’est la décision et la greffe qui doit s’opérer en un temps record, qui s’enchaînent. On n’évite pas le pathos qui serre le coeur et qui angoisse celui des personnages vivants. Un très beau film de Katell Quillevéré est sorti cette année, une adaptation assez fidèle au registre de langue soutenu et esthétique de Maylis de Kérangal, les images sont très belles.
Mais les lieux sont aussi chez Maylis de Kérangal l’occasion d’observer ces jeunes qui s’y meuvent comme une ethnologue qui décrirait au présent les habitudes, les rituels de ces jeunes, les gestes du quotidien, par exemple les jeunes surfeurs au début du livre , « …scrutent ce qui gronde au devant d’eux…les trois garçons maintenant se ressaisissent, règlent leur vision, leur écoute, évaluent ce qui les attend… ».

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Corniche Kennedy

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serveimage-1Corniche Kennedy est un roman de Maylis de Kérangal qui a eu un très grand succès. Mettant en scène des adolescents de Marseille qui sautent illégalement de la plate, promontoire au-dessus de la Corniche Kennedy , axe longeant la mer à Marseille. Ils sont observés par le commissaire Sylvestre Opéra, arr^tés parfois mais le monde des adultes apparait peu sauf de manière coercitive pour ces jeunes . On retrouve l’écriture de Maylis de Kérangal, descriptive, poétique, tour à tour longue ou hachée à l’image du souffle qui anime ces adolescents .
On a une vision sociale et ethnographique de ces jeunes adolescents: les jeunes dans Corniche Kennedy viennent essentiellement des quartiers nord de Marseille, quartiers populaires.On peut retrouver cette allusion à l’origine sociale des adolescents à travers les prénoms « Loubna, Eddy, Mario ».
Maylis de Kérangal accorde beaucoup d’importance aux lieux: ils soulignent la personnalité des adolescents. Souvent , les lieux où se déroulent ses romans sont au bord de la mer , c’est le cas pour Marseille, un port donc un lieu intermédiaire entre la terre et la mer, comme des points de départs vers le voyage, l’évasion. Ces rivages symbolisent les aspirations des adolescents: ils ont envie d’ailleurs ,de grands espaces, d’oublier leur réalité symbolisée par la ville, la terre ferme, «  Ils prennent leur respiration, décomptent les secondes, trois,deux, un…go! se précipitent alors dans le ciel, dans la mer, dans toutes les profondeurs possibles, et quand ils sont dans l’air, hurlent ensemble, un même cri, accueillis soudain plus vivants, et plus vastes dans un plus vaste monde. ».
Le film de Dominique Cabrera sorti en 2017 est librement inspiré du livre.
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La Corée vue par 12 auteurs

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La Corée est vue par 12 auteurs

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C’est une rencontre comme il s’en produit peu. 12 auteurs ont eu l’idée de ce projet collectif en bande dessinée. Ce sont à la fois des auteurs coréens et des auteurs européens qui offrent ici leur vision de la Corée. Ce qui ce qui donne des histoires très différentes mais ce qui en ressort c’est que les Coréens ont vraiment envie de faire connaître leur pays au moment de la mondialisation et on les voit avec des envies de grands espaces et l’envie de faire découvrir leur culture et leur création en pleine ébullition .
Ce livre propose une passionnante polyphonie graphique très intéressante pour les lecteurs qui veulent découvrir la Corée avant de partir en voyage ou comme moi de se rappeler les souvenirs de la Corée, de Séoul et de ses rues gigantesques, de ses laissés-pour-compte de la société. C’est véritablement un ouvrage de référence.5                               10                                     9