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Le vieux Jardin

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serveimage-1 Continuant ma découverte de la littérature coréenne, je vais parler de l’auteur reconnu Hwang Sok-Yong, pressenti pour être un futur prix Nobel et de son livre Le Vieux Jardin que Yves m’a offert pour mon anniversaire.
C’est l’histoire d’un opposant politique en Corée du Sud qui est arrêté après le 18 Mai 1980, date marquante en Corée du massacre de Kwangju, chef-lieu du Chôlla-Sud, province du sud-ouest. Cette date marque la fin du printemps de Séoul , nom donné à la vague de contestation née après l’assassinat du dictateur Park Chung-Hee le 26 Octobre 1979. Cette mort avait fait naître un espoir de démocratie mais son successeur Chôn Tuhwan réprima sauvagement ce qui n’était au départ qu’une simple manifestation. C’est donc l’histoire de O Hyônu libéré après 18 ans de prison et qui apprend que la femme qu’il a aimée est morte. Elle lui a laissé des lettres , son journal, des carnets de dessin : il n’a vécu que quelques mois d’idylle à Kalmoe avec Han Yunhi et le livre est à la fois l’histoire de cette femme qui a toujours attendu son fiancé, mais qui a eu un itinéraire mouvementée de femme artiste-peintre, mère célibataire, femme engagée qui se retrouve à Berlin qui moment de la chute du mur. C’est une narration distanciée du fait qu’elle est à deux voix, dont celle d’un homme vieillissant qui sort de prison et qui raconte l’idéalisme d’une jeunesse et l’utopie de trouver « ce vieux jardin », l’utopie d’une île introuvable, d’un monde meilleur. Et Hwang Sok-Yong qui essème dans son livre , des éléments autobiographiques (Kwangju, Berlin, prison…) quand il voit son pays la Corée coupée en deux et le Sud gagné par le capitalisme et les influences japonaises ou américaines écrit:

Lorsque je pense aux souffrances, au gâchis et aux désepoirs qu’a engendrés le siècle dernier, je me pose la question que d’innombrables personnes ont déjà posée: y a t-il encore de l’espoir ?
Tant qu’il reste possible de s’interroger ainsi, tout peut recommencer.
Je salue après un long silence les gens que j’aime, mes amis, et je les invite à marcher à mes côtés.

L’autre voix , celle de Yunhi, restée dehors, est le témoin  des bouleversements majeurs de la deuxième moitié du XXème siècle. Alors qu’elle ne peut que vivre et peindre, elle subit la fatalité d’une époque qui a broyé son père et son amour et la condamne à la solitude et à la tristesse. C’est aussi à travers son regard que nous découvrons plusieurs portraits d’hommes tout aussi forts que divers comme Song Yôngt’ae ou Yi Hisu. Elle dit dans le livre:

Voyager, c’est si futile ! On ne fait que frôler la terre, les maisons et les villages, comme le vent. Et pourtant ce chemin qui traversait le continent me rapprochait peu à peu de mon enclos. De mon propre pays dont le corps était couvert de blessures ouvertes, indifférent à ces fantastiques changements depuis qu’il avait été coupé en deux au niveau de la taille et que d’innombrables personnes s’étaient sacrifiées à un rêve.

Il a été tiré un film , pas très bon à mon goût, de facture trop hollywoodienne pour faire ressentir la complexité des rapports humains et  du contexte historique.

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