Archives de Tag: culture

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Roman étrange que celui de Kim Young-ha que l’on aurait tendance à classer dans les romans réalistes tant il nous montre la société coréenne dans ce qu’elle a de plus dramatique: Minsu, un jeune homme, se retrouve après la mort de sa grand-mère dans le dénuement et il refuse d’entrer dans une vie conventionnelle, il pourrait choisir cette voie car il a des diplômes. Mais,par refus des compromis que lui imposerait une telle existence, il occupe son temps à surfer sur le net et  à regarder des émissions de jeu à la télévision. C’est alors que l’on bascule dans le roman d’anticipation: il va rejoindre ce monde parallèle et s’entraîner dans un lieu dissimulé au commun des mortels, au sein d’une équipe de gens aussi étranges que lui. Mais il s’avère que c’est aussi un monde implacable  et fascinant, car c’est un monde virtuel qui  isole et qui fait perdre toute notion de véritable relation humaine ou sentiment. Minsu s’en sortira t-il à temps ?
Ecrit à la première personne, nous sommes dans la conscience de ce jeune homme, nous n’avons de la réalité qu’une vue partielle et partiale,c’est ce qui donne le vertige. C’est un livre qui se lit bien et facilement. Une belle métaphore de la société hyperconnectée coréenne qui peut rendre les gens fous.

Où le sang nous appelle

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1540-1 Livre à deux voix très intéressant paru en 2013. Lui, c’est Daniel Schneidermann,  journaliste français, né à Paris le 5 avril 1958. Il se consacre en particulier à l’analyse des images télévisuelles, en écrivant des chroniques hebdomadaires, d’abord dans Le Monde puis dans Libération. De 1995 à 2007, il a dirigé et présenté l’émission de télévision Arrêt sur images sur France 5. Après 2007, à la suite de la suppression du programme sur décision de la chaîne, l’émission est transposée sur internet sous le nom @rrêt sur images. Elle, c’est Chloé Delaume, de son vrai nom Nathalie Dalain, née à Versailles le 10 mars 1973, c’est une écrivaine française. Elle est également éditrice et, de manière plus anecdotique, performeuse, musicienne et chanteuse. Son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, est centrée sur la pratique de la littérature expérimentale et la problématique de l’autofiction.

Ce roman est leur projet de vie commun, ainsi qu’un pacte d’écriture et sentimental, un peu comme si on faisait un enfant. Le point central de ce livre est leur été 2012 qu’ils passeront au Liban, à Kobayat, tout près de la frontière syrienne où elle a passé son enfance , où son père , libanais a rencontré sa mère, française. Daniel Schneidermann accompagne Chloé Delaume dans ce village maronite, au creux des montagnes, où est né et enterré son père, où survivent ses oncles, ses tantes, le clan Abdalallah. Ils seront tous là sauf l’oncle Georges.Georges Ibrahim Abdallah, chef présumé des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises, condamné à perpétuité pour actes terroristes, incarcéré en France depuis vingt-huit ans.Daniel Schneidermann a couvert, en tant que journaliste, cette période 1985-1987 d’attentats sanglants. De plus, Chloé Delaume, vivait à cette époque -là le drame personnel qui fonde son oeuvre, l’assassinat de sa mère par son père, le suicide de son père, tout cela sous ses yeux. De ces tragédies et de leur rencontre avec plus de points communs que l’on imagine à première vue, naît ce livre qui est l’occasion pour chacun de se replonger dans ces années sombres et de s’interroger sur soi-même et sur les enjeux de l’époque. Ils se confrontent à leur passé, sans concession.

Livre assez fascinant qui séduit par l’évocation historique et sociale d’une époque mais aussi par les vies singulières des deux protagonistes-écrivains. Si j’avais peur au début qu’ils surfent sur le côté sensationnel ou qu’ils nous entraînent dans un voyeurisme sur l’intimité du couple, j’ai été heureusement captée par l’alternance des voix et surtout par l’écriture percutante de Chloé Delaume.

Histoire d’une vie

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Aharon Appelfeld a 10 ans lorsqu’il s’échappe d’un camp de concentration ukrainien, orphelin, sa longue errance le conduira quatre ans plus tard en Palestine. Plongé dans le silence depuis le début de la guerre, il apprendra une nouvelle langue l’hébreu . C’est un livre poignant qui ne raconte finalement pas la Shoah en elle-même mais qui évoque l’histoire d’une vie .
C’est le récit à la première personne d’une lutte pour reconstituer sa mémoire. Ce livre raconte une lutte pour ne pas perdre sa langue maternelle tout en acceptant d’en faire sienne une autre. C’est un livre , un combat permanent entre présent et le passé, celui de l’enfant juif rescapé des camps. L’écriture est simple économe, à première lecture parfois on a l’impression que c’est même un peu plat mais elle mêle des fragments de mémoire et réflexions sur la langue,la mémoire et l’identité avec une grande finesse et une grande émotion .
Bernard Lévy, le metteur en scène a voulu mettre en scène ce texte qui a priori n’est pas un texte théâtral : il a été adapté pour la scène par Jean-Luc Vincent et dans cette pièce , il n’y a qu’un seul acteur Thierry Bosc qui récite,joue le texte d’un Appelfeld.Nous l’avons vu au grand théâtre d’Albi le Mardi 9 Décembre 2014.
Le décor est une sorte de boîte à images dont les lignes de fuite obliques donnent l’illusion d’optique que l’acteur est bien plus grand que nous, spectateurs.Un espace circonscrit où la parole de l’auteur se déroule vraie ou imaginée ou reconstruite, comme pour signifier la complexité de son univers fictionnel .Bernard Lévy  écrit:  » J‘ai le sentiment que le théâtre peut naître de cette parole , de ce drame constitué par la lutte d’un homme pour devenir lui-même . A travers la voix d’un acteur,la musique si présente dans l’œuvre d’Appelfeld, le mélange des sons et des langues , on pourra faire entendre et amplifier cette écriture unique et donner à voir le combat d’un homme traversé par des forces contradictoires.Paradoxalement, du récit d’une vie si singulière se dégage l’universalité de la quête menée par tout homme : la quête d’une histoire individuelle et personnelle que l’on construit à la fois avec et contre les déterministes historiques et culturels ».
Un extrait de Aharon Appelfeld:

«Je me souviens très peu des six années de guerre, comme si ces six années-là n’avaient
pas été consécutives. Il est exact que parfois, des profondeurs du brouillard épais,
émergent un corps sombre, une main noircie, une chaussure dont il ne reste que des
lambeaux. Ces images, parfois aussi violentes qu’un coup de feu, disparaissent aussitôt,
comme si elles refusaient d’être révélées, et c’est de nouveau le tunnel noir qu’on appelle
la guerre. Ceci concerne le domaine du conscient, mais les paumes des mains, le dos et
les genoux se souviennent plus que la mémoire. Si je savais y puiser, je serais submergé
de visions. J’ai réussi quelquefois à écouter mon corps et j’ai écrit ainsi quelques cha-
pitres, mais eux aussi ne sont que les fragments d’une réalité trouble enfouie en moi à
jamais ».

Les pays

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9782283024775Quand Claire arrive à Paris , après son enfance dans le Cantal près de Riom-es-Montagne, dans une ferme et son adolescence dans un pensionnat de filles à Saint-Flour, pour suivre à la Sorbonne des études de Lettres classiques, elle découvre un autre monde . Et elle parvient à s’installer dans cet univers urbain et intellectuel tout en gardant à l’intérieur ses prés et ses vaches. Elle habite ces deux pays, elle y est bien, cette errance , ou plutôt ces aller-retours la construisent , la consolident. Claire travaille, elle est perfectionniste et rigoureuse, tant lors de ses emplois d’été à la banque où, en fine observatrice elle s’imprègne des histoires de ses collègues, tant à l’université où elle s’ouvre au savoir, aux livres, aux mondes exotiques qui les peuplent. 3 parties, 3 étapes: la découverte de Paris et du Salon de l’agriculture dans son enfance, l’entrée à l’université, sa vie de professeur.
Des ellipses et toujours cette langue ciselée qui sait rendre le rapport au monde avec tant de nuances. Les gens du Cantal arrivent à Paris à la fin de l’hiver et « C’était le début de Mars, quand la lumière mord aux deux bouts du jour, on le voit on le sent, mais sans pouvoir encore compter tout à fait sur le temps, sans être sûr d’échapper à la grosse tombée de neige, carrée, brutale, qui empêche tout, et vous bloque, avec les billets, les affaires et les sacs préparés la veille, au cordeau, impeccables alignés dans le couloir; vous bloque juste le jour où il faut sortir, s’extraire de ce fin fond du monde qu’est la ferme. »
Quand Claire côtoie la famille de Lucie, une étudiante comme elle mais issue d’ une famille bourgeoise et cultivée, la langue de Marie-Hélène Lafon (Claire ?) devient extrêmement soutenue et riche : «  A sa propre tribu, exsangue et gourmée, rance et compassée, qui s’épuisait à ne pas lui pardonner son mariage, elle avait substitué, pour assouvir son atavique frénésie généalogiste, la lignée des Jaladis qui, avec et par elle, reprenait impulsion et vigueur. »

Quelle émotion de lecture !

Lettres à Nelson Algren

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tumblr_kq8z5j72Qc1qzj72ho1_400  Publiées par sa fille adoptive ,  les lettres de Beauvoir à Algren offrent au lecteur un regard nouveau sur celle qui fut sans doute l’une des femmes les plus marquantes de son siècle. Passionnée, tendre, ironique, désespérée …  Tous les visages de celle qu’Algren surnomme    » la grenouille » apparaissent dans cette correspondance ( à sens unique pour le lecteur, les ayant-droits d’Algren ayant refusé la publication des lettres de  ce dernier). Au-delà du récit – à reconstituer – d’une passion exceptionnelle, les lettres dévoilent  les doutes, les fêlures, les rires que les Mémoires masquent trop souvent. Enfin vivante, enfin humaine, paradoxale mais toujours exceptionnelle.

L’intérêt historique n’est pas moindre : l’après-guerre, dans tout son fourmillement, surgit au détour d’une anecdote, d’une contrariété , d’un enthousiasme. La plume , précise, alerte, drôle – parfois impitoyable – décrit Giacometti et Mouloudji,  Sartre et Genet , Vian  et Cocteau,  acteurs d’un quotidien qui nous émerveille, tant les rencontres ,  les livres,  les films évoqués tricotent simplement, au fil des jours, le fonds culturel qui constitue aujourd’hui notre héritage à tous.  Egalement passionnante , la  genèse du Deuxième Sexe, les réflexions sur la structure de l’ouvrage, les questions, les indignations au fur et à mesure des recherches.  Et , traversant tout,  les soubresauts,  les Gloria,  les interrogations  d’un amour qui tente de surmonter la distance et le temps.

Petit cours d’autodéfense intellectuelle

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Normand Baillargeon a rédigé  dans une langue claire et accessible, cet ouvrage, illustré par Charb,qui  constitue une véritable initiation à la pensée critique, plus que jamais indispensable à quiconque veut assurer son autodéfense intellectuelle. On y trouvera d’abord un large survol des outils fondamentaux que dort maîtriser tout penseur critique : le langage, la logique, la rhétorique, les nombres, les probabilités, la statistique, etc. ; ceux-ci sont ensuite appliqués à la justification des croyances dans trois domaines cruciaux : l’expérience personnelle, la science et les médias.

«  Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. « 
Noam Chomsky

Liliane est au lycée

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De l’utilité de la culture. Longtemps les Français se sont rêvés cultivés. Ils lisaient l’Iliade et l’Odyssée au collège… Désormais ils confondent une marque de prêt-à-porter avec le Zadig de Voltaire, quand ils ne prennent pas Liliane est au lycée pour le chef-d’oeuvre d’Homère… La culture est-elle passée de mode ? Cette petite collection »Antidote » chez Flammarion offre d’autres titres impertnents et critiques. A lire d’urgence pour ceux qui veulent essayer de penser par eux-mêmes.