La Place des morts

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iu-7Toujours dans l’optique de comparer les auteures de romans policiers français, je parle rapidement de ce livre de Sylvie Granotier. Le titre un peu racoleur laisse naître au fil de l’histoire une réflexion intéressante sur l’importance des morts dans notre vie et souvent la façon dont ils la gouvernent . Même parfois le mythe de la personne disparue hante ceux qui ne l’ont pas connue, surtout s’il s’agit d’êtres proches et normalement chéris : un père, une mère, un enfant… Ici , c’est l’histoire de  Catherine Monsigny, avocate pénaliste qui se retrouve confrontée à plusieurs affaires : un gamin accusé de meurtre et qui prétend être son demi-frère, un cas de harcèlement au travail, son amant manipulateur et son amie de toujours. Cette histoire nous fait faire des aller-retours entre Paris et Guéret, la Creuse et ses mystères familiaux non élucidés. Même si les êtres recèlent des parts d’ombre de perversité ou de fragilité, le suspense réside dans cette incertitude qui nait chez le lecteur dès qu’un coupable se dessine: on suit les hypothèses de Catherine. A part cela, beaucoup de clichés dans ce texte, les descriptions amoureuses ou d’amitié sont pleines de stéréotypes dignes de séries télévisées américaines, l’écriture aussi est faible et attendue, aucun des mots ne nous  fait  voir le monde autrement, tout est caricatural jusqu’à la facture même du suspense et de sa résolution , la scène finale est vraiment kitchissime !

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La ville des serpents d’eau

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iurBrigitte Aubert fait se dérouler son histoire à Ennatown, la « ville des serpents d’eau » en langue iroquoise. Il y a 15 ans 5 fillettes ont été enlevées, tuées et larguées dans un lac, toutes ont été retrouvées sauf une. C’est la veille de Noël et toutes les familles bourgeoises du Comté s’apprêtent à fêter l’événement mais nous , lecteurs, nous savons que l’une de ces petites filles n’est pas morte et a même eu un enfant de son ravisseur dont elle est devenue l’esclave sexuelle. Elle parvient à faire s’évader sa petite fille agée de 6 ans et qui erre dans la ville, trouvant refuge auprès d’un grand noir, débile léger et SDF. On croit d’abord tout savoir de qui est le Noyeur mais c’est sans compter sur le désir de l’auteure de ne pas nous conforter longtemps dans cette position de force. Tout en sachant plus que les personnages que nous voyons se débattre dans leurs hypothèses, on est obligés, nous lecteurs, de réviser nos conjectures qui s’avèrent fausses , elles aussi. Un numéro réussi de suspense où le lecteur est pris en otage, un temps reserré de tragédie ( 1 jour, la veille et le jour de Noël), une langue directe et efficace, des allusions au contexte social des Etats-Unis aujourd’hui , de l’american way of life empreint de superficialité et d’argent qui laisse de côté les exclus (un flic révoqué, des noirs, des indiens autochtones).
Je suis morte il y a treize ans.
J’avais 6 ans.
On m’a retrouvé noyée dans le lac, sous la glace, pas très loin de la maison.Les poches de ma robe étaient bourrées de pierres.
Les poissons avaient dévorés mes doigts et mon visage.
On m’a identifiée à ma taille et à mes vêtements.
Mon joli anorak rose. Mon sac à dos Scooby-Doo.
On m’a enterrée un après-midi de Janvier. Il neigeait.
Sur ma tombe, il y a gravé « Susan Lawson 1992-1998, à notre cher petit ange. »
Quand le cercueil est descendu dans le trou, ma mère s’est mise à hurler.Mon père s’est évanoui.

Les Survivantes

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iu-8Vacances, cette année c’est lecture de polars. Pour plusieurs raisons. D’abord et c’est la première, nous allons recevoir l’année prochaine Sandrine Collette et j’ai été envoûtée par son livre « Il reste la poussière » que je chroniquerai un peu plus tard. Elle est rangée dans les auteurs de polars et donc , me voilà partie pour faire des comparaisons: en lisant des auteures féminines françaises contemporaines  de polars, je vais m’interroger sur l’existence ou non de caractéristiques spécifiques d’écriture chez les femmes auteures de  polars.

Lalie Walker écrit en 2010 ce livre « Les Survivantes » qui raconte les déboires d’Anne Boher , médecin à Strasbourg qui, lors d’un été caniculaire, se heurte à la maladie , celle de sa mère et la sienne . Mais ce n’est pas tout car en tant que médecin légiste , elle autopsie de nombreux corps et restent en suspens les identités de plusieurs femmes qui deux ans plus tôt ont été ramenées dans de sales états à la morgue: on a arrêté un homme frustre , incapable d’autant de sophistications dans le crime ( le fou de Blauselsand) donc Anne Boher aidée de son assistant Enzo Marquez cherche à élucider ce mystère. Mais je suis déçue par cette intrigue: trop de personnages, des ficelles un peu grosses pour expliquer les actes (dédoublement de la personnalité, des jalousies au sein du corps médical), des fils conducteurs trop nombreux aussi et dont l’intérêt dramatique n’apparait pas (état de siège de la ville de Strasbourg surveillée par des citoyens volontaires, des sortes de miliciens de l’ordre nouveau, eugénisme, recherches médicales monstrueuses…, la Traviata qui retentit dans lles rues de manière inattendue). Certes, cela contribue à l’atmosphère tragique, de même que ce temps reserré qu’est l’été alsacien mais la résolution est d’une intensité dramatique faible , les recours à la maladie ou aux expériences médicales peu pertinentes. De plus, l’écriture qui alterne récit, dialogue, paroles à haute voix de Anne Boher malade, et pensées intérieures des personnages , sorte de double de la conscience, même si cela renvoie à la maladie de Anne Boher, cela est fatiguant à la lecture et apparait comme un truc un peu facile. Tout comme la déstructuration chronologique des chapitres, qui fait un peu trop fabriqué et pas assez haletant, peut-être les coupures n’ont-elles pas été faites au bon moment et de la bonne façon. Une lectrice déçue donc.

L’envol des cigognes

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Troisième opus de Simon Abkarian après Pénélope , Ô Pénélope et Le Dernier Jour du Jeûne9782330073008 qui évoque un pays déchiré par une guerre civile où l’on sent bien à travers les mots qu’il s’agit d’une guerre au nom d’une religion, d’un côté les extrémistes, de l’autre des gens tolérants et généreux. C’est du côté de ces derniers que se trouve la famille de Nouritsa, la mère et de Théos, le père, famille exemplaire car symbolisant une nation toute entière avec ses enfants, ceux qui combattent (Astrig la fille et son mari Aris), ceux qui fondent des familles et qui fuient le pays en guerre pour mieux le reconstruire ailleurs (Zéla, la fille ainée et Xénos le mari étranger). Cette famille va recueillir Orna, jeune fille emblématique de tous les crimes de guerre, violée et torturée pendant de longues journées qui a réussi à s’enfuir, trompant la vigilance de ses bourreaux. Elle va faire le récit de son calvaire et la famille de Nouritsa la vengera , tuant à son tour les bourreaux.
Cette pièce de théâtre en  5 actes , prenante grâce à l’écriture métaphorique, poétique de Simon Abkarian, dévoile ces destins comme autant de tragédies universelles et intemporelles où certains hommes à jamais peuvent faire preuve de barbarie et d’autres de grandeur d’âme et de sacrifice.

Au commencement du septième jour

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serveimage-3Thomas, informaticien de 37 ans capable de prévoir et d’analyser n’importe quelles données, de coder n’importe quelle information est incapable de maîtriser le cours de sa vie et des drames qui l’émaillent, il n’a aucune prise sur son existence. Luc Lang, en écrivain aguerri, manie la phrase comme un scalpel et met à vif des blessures qu’on ne sait pas forcément soigner. Et l’écrivain embarque le lecteur  au côté du personnage pour une traversée sans garde-fous où l’on manque à chaque virage de  chavirer. On épouse les angoisses de Thomas , ses doutes, ses fantasmes et l’on avance avec lui à travers Paris, le Havre, les Pyrénées, l’Afrique à la recherche de sa géographie intérieure. Lieux familiers des origines, les Pyrénées, lieux urbains quotidiens, lieux lointains et exotiques se superposent à sa quête familiale.  Cette traversée des territoires, c’est un  voyage au coeur de l’intime. J’aimerais rapprocher cela de ce que dit Marie-Hélène Lafon quand elle parle de ses paysages du Cantal (en souvenir d’une rencontre publique entre elle et Luc Lang à Toulouse si émouvante à propos de la famille et de Mother)  ; dans Traversée elle parle  de sa géographie natale, pour elle le paysage est matière, le paysage est corps, le paysage est écriture, l’écriture dessine un paysage sur la page , dans l’imaginaire: « Le corps immuable du pays s’inscrit dans ma mémoire et dans mon corps qui grandit et devient, entre dix ans et dix-huit ans; c’est un corps à corps; ça se fait évidemment à mon insu, ça me traverse et je ne choisis pas; la poussée des choses est sourde et puissante, organique et considérable; elle commande et c’est tout. »
Luc Lang joue avec les codes: écrivain, narrateur, personnage, lecteur, qui est qui ? l’écrivain-narrateur maintient le lecteur dans l’incertitude le privant des scènes-clés du livre: la mort de Camille, la femme de Thomas, la mort du frère aîné, Jean.Le lecteur reconstruit la vie de Thomas tout autant que Thomas lui-même cherche à comprendre son existence et celle de ses proches. Comme lui, nous apprenons l’essentiel au détour d’une phrase , d’une parole. C’est un inconfort exaltant pour le lecteur.
L’écriture de Luc Lang est cinématographique: l’auteur promène sa caméra sur l’univers de Thomas, celui de ses enfants, de ses collègues, sur ses actions, ses déplacements , sa maison, ses pensées intérieures, ses rêves… Luc Lang, écrivain-narrateur tient à distance les paroles de ses personnages, tous ses dialogues sont intégrés au récit comme une bande-son. Même son roman en 3 parties rappelle le montage cinématographique avec beaucoup d’ellipses, il impose à sa narration des séquences qui tissent d’implicite le déroulement de l’existence de Thomas.
Luc Lang joue avec ses personnages, surtout dans des situations dramatiques les enveloppant d’un burlesque pathétique à la Beckett ou à la Chaplin… On sourit dans la scène dans laquelle Thomas, au chevet de Camille, sa femme dans le coma, est obligée de venir au secours de sa belle-mère, évanouie et qu’il doit traîner et dont les jambes se retrouvent coincées dans le sas de la chambre stérile. On sourit aussi du clin d’oeil que Luc Lang fait au lecteur quand Thomas, au Cameroun, soupçonné d’être un agent du Tchad, raconte en long et en large sa vie en France et les raisons de sa présence en Afrique, on lui demande « de faire court et de ne pas raconter un roman »!
Thomas, le frère cadet et préservé des drames familiaux deviendra celui qui conjure la malédiction en adoptant (ou pas ?) un petit enfant noir, Aliou, qui pourrait être celui de Jean, de Camille, de Pauline…

Cette épopée magistrale s’ouvre aussi sur la société actuelle et le monde du travail, univers impitoyable et aliénant, certains en meurent, d’autres le fuient, Thomas apprendra à le contourner.  Ces 500 pages nous emportent, on devient si familier des personnages, on est dans une telle connivence avec Thomas qu’on voudrait que cette histoire ne s’arrête jamais…
Au commencement du septième jour : c’est dimanche, la veille c’était un samedi où la vie de Thomas bascule, l’accident de Camille; c’est aussi au bout de 7 jours de marche qu’il frôle la mort dans les Pyrénées. Thomas, Jean, Paul(ine), des prénoms bibliques, 3 parties, 3 Livres, un récit édifiant?, une parabole ? …

Ici ça va

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Les livres se tiennent la main. entre eux je veux dire. Les livres se rencontrent, s’aiment, se quittent. Les livres correspondent. Communiquent. Ils s’écrivent. Ils s’envoient des courriers, des télégrammes. des lettres du front. Ici ça va est une lettre du front. C’est par ces mots que je commencerais une lettre si j’étais loin, que j’allais bien et que je voulais rassurer quelqu’un. C’est par ces mots que je commence la plupart de mes lettres en fait. Du moins depuis quelques années. Ici ça va est l’histoire d’une reconstruction, d’une rénovation. D’une remise à jour dans le sens d’un retour à la lumière. C’est l’histoire d’une rivière, d’une maison, de deux personnes qui s’aiment, debout, d’une histoire familiale, d’un homme qui se sert de derrière pour regarder devant. C’est un livre qui a la prétention de l’aube, de l’horizon, du recommencement. Un livre comme certains matins. Parfois. Un livre qui veut croire. Je l’ai écrit naturellement (et il n’y a pas beaucoup de choses que je fasse naturellement) après Nos cheveux blanchiront avec nos yeux. Ce n’est pas une suite, mais il lui succède. Il achève. Comme un enfant achève de devenir adulte. Et les bonnes fins sont toujours des débuts.
Thomas Vinauserveimage-25

Juste après la pluie

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serveimage-22Thomas Vinau, poète et romancier est un écrivain tout en délicatesse. Ce livre est un ensemble de 280 poèmes , courts et évidents. « Je ne suis pas  manuel. Depuis longtemps je bricole. Des pièces bancales. De l’inutile indispensable. Des mots de peu. Ma poésie n’est pas grand chose. Elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. »

 

 

 

Certains dimanches de grands vents

Songer
certains dimanches
de grands vents
pleins de poussière
et de lumière
à s’ouvrir le ventre
du sol au plafond
Pour aérer l’intérieur