L’envol des cigognes

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Troisième opus de Simon Abkarian après Pénélope , Ô Pénélope et Le Dernier Jour du Jeûne9782330073008 qui évoque un pays déchiré par une guerre civile où l’on sent bien à travers les mots qu’il s’agit d’une guerre au nom d’une religion, d’un côté les extrémistes, de l’autre des gens tolérants et généreux. C’est du côté de ces derniers que se trouve la famille de Nouritsa, la mère et de Théos, le père, famille exemplaire car symbolisant une nation toute entière avec ses enfants, ceux qui combattent (Astrig la fille et son mari Aris), ceux qui fondent des familles et qui fuient le pays en guerre pour mieux le reconstruire ailleurs (Zéla, la fille ainée et Xénos le mari étranger). Cette famille va recueillir Orna, jeune fille emblématique de tous les crimes de guerre, violée et torturée pendant de longues journées qui a réussi à s’enfuir, trompant la vigilance de ses bourreaux. Elle va faire le récit de son calvaire et la famille de Nouritsa la vengera , tuant à son tour les bourreaux.
Cette pièce de théâtre en  5 actes , prenante grâce à l’écriture métaphorique, poétique de Simon Abkarian, dévoile ces destins comme autant de tragédies universelles et intemporelles où certains hommes à jamais peuvent faire preuve de barbarie et d’autres de grandeur d’âme et de sacrifice.

Au commencement du septième jour

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serveimage-3Thomas, informaticien de 37 ans capable de prévoir et d’analyser n’importe quelles données, de coder n’importe quelle information est incapable de maîtriser le cours de sa vie et des drames qui l’émaillent, il n’a aucune prise sur son existence. Luc Lang, en écrivain aguerri, manie la phrase comme un scalpel et met à vif des blessures qu’on ne sait pas forcément soigner. Et l’écrivain embarque le lecteur  au côté du personnage pour une traversée sans garde-fous où l’on manque à chaque virage de  chavirer. On épouse les angoisses de Thomas , ses doutes, ses fantasmes et l’on avance avec lui à travers Paris, le Havre, les Pyrénées, l’Afrique à la recherche de sa géographie intérieure. Lieux familiers des origines, les Pyrénées, lieux urbains quotidiens, lieux lointains et exotiques se superposent à sa quête familiale.  Cette traversée des territoires, c’est un  voyage au coeur de l’intime. J’aimerais rapprocher cela de ce que dit Marie-Hélène Lafon quand elle parle de ses paysages du Cantal (en souvenir d’une rencontre publique entre elle et Luc Lang à Toulouse si émouvante à propos de la famille et de Mother)  ; dans Traversée elle parle  de sa géographie natale, pour elle le paysage est matière, le paysage est corps, le paysage est écriture, l’écriture dessine un paysage sur la page , dans l’imaginaire: « Le corps immuable du pays s’inscrit dans ma mémoire et dans mon corps qui grandit et devient, entre dix ans et dix-huit ans; c’est un corps à corps; ça se fait évidemment à mon insu, ça me traverse et je ne choisis pas; la poussée des choses est sourde et puissante, organique et considérable; elle commande et c’est tout. »
Luc Lang joue avec les codes: écrivain, narrateur, personnage, lecteur, qui est qui ? l’écrivain-narrateur maintient le lecteur dans l’incertitude le privant des scènes-clés du livre: la mort de Camille, la femme de Thomas, la mort du frère aîné, Jean.Le lecteur reconstruit la vie de Thomas tout autant que Thomas lui-même cherche à comprendre son existence et celle de ses proches. Comme lui, nous apprenons l’essentiel au détour d’une phrase , d’une parole. C’est un inconfort exaltant pour le lecteur.
L’écriture de Luc Lang est cinématographique: l’auteur promène sa caméra sur l’univers de Thomas, celui de ses enfants, de ses collègues, sur ses actions, ses déplacements , sa maison, ses pensées intérieures, ses rêves… Luc Lang, écrivain-narrateur tient à distance les paroles de ses personnages, tous ses dialogues sont intégrés au récit comme une bande-son. Même son roman en 3 parties rappelle le montage cinématographique avec beaucoup d’ellipses, il impose à sa narration des séquences qui tissent d’implicite le déroulement de l’existence de Thomas.
Luc Lang joue avec ses personnages, surtout dans des situations dramatiques les enveloppant d’un burlesque pathétique à la Beckett ou à la Chaplin… On sourit dans la scène dans laquelle Thomas, au chevet de Camille, sa femme dans le coma, est obligée de venir au secours de sa belle-mère, évanouie et qu’il doit traîner et dont les jambes se retrouvent coincées dans le sas de la chambre stérile. On sourit aussi du clin d’oeil que Luc Lang fait au lecteur quand Thomas, au Cameroun, soupçonné d’être un agent du Tchad, raconte en long et en large sa vie en France et les raisons de sa présence en Afrique, on lui demande « de faire court et de ne pas raconter un roman »!
Thomas, le frère cadet et préservé des drames familiaux deviendra celui qui conjure la malédiction en adoptant (ou pas ?) un petit enfant noir, Aliou, qui pourrait être celui de Jean, de Camille, de Pauline…

Cette épopée magistrale s’ouvre aussi sur la société actuelle et le monde du travail, univers impitoyable et aliénant, certains en meurent, d’autres le fuient, Thomas apprendra à le contourner.  Ces 500 pages nous emportent, on devient si familier des personnages, on est dans une telle connivence avec Thomas qu’on voudrait que cette histoire ne s’arrête jamais…
Au commencement du septième jour : c’est dimanche, la veille c’était un samedi où la vie de Thomas bascule, l’accident de Camille; c’est aussi au bout de 7 jours de marche qu’il frôle la mort dans les Pyrénées. Thomas, Jean, Paul(ine), des prénoms bibliques, 3 parties, 3 Livres, un récit édifiant?, une parabole ? …

Ici ça va

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Les livres se tiennent la main. entre eux je veux dire. Les livres se rencontrent, s’aiment, se quittent. Les livres correspondent. Communiquent. Ils s’écrivent. Ils s’envoient des courriers, des télégrammes. des lettres du front. Ici ça va est une lettre du front. C’est par ces mots que je commencerais une lettre si j’étais loin, que j’allais bien et que je voulais rassurer quelqu’un. C’est par ces mots que je commence la plupart de mes lettres en fait. Du moins depuis quelques années. Ici ça va est l’histoire d’une reconstruction, d’une rénovation. D’une remise à jour dans le sens d’un retour à la lumière. C’est l’histoire d’une rivière, d’une maison, de deux personnes qui s’aiment, debout, d’une histoire familiale, d’un homme qui se sert de derrière pour regarder devant. C’est un livre qui a la prétention de l’aube, de l’horizon, du recommencement. Un livre comme certains matins. Parfois. Un livre qui veut croire. Je l’ai écrit naturellement (et il n’y a pas beaucoup de choses que je fasse naturellement) après Nos cheveux blanchiront avec nos yeux. Ce n’est pas une suite, mais il lui succède. Il achève. Comme un enfant achève de devenir adulte. Et les bonnes fins sont toujours des débuts.
Thomas Vinauserveimage-25

Juste après la pluie

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serveimage-22Thomas Vinau, poète et romancier est un écrivain tout en délicatesse. Ce livre est un ensemble de 280 poèmes , courts et évidents. « Je ne suis pas  manuel. Depuis longtemps je bricole. Des pièces bancales. De l’inutile indispensable. Des mots de peu. Ma poésie n’est pas grand chose. Elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. »

 

 

 

Certains dimanches de grands vents

Songer
certains dimanches
de grands vents
pleins de poussière
et de lumière
à s’ouvrir le ventre
du sol au plafond
Pour aérer l’intérieur

Traversée

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serveimageAutre texte publié à l’initiative de la Fondation FACIM à l’occasion des 13èmes rencontres littéraires en Pays de Savoie dont Marie-Hélène Lafon était l’invitée d’honneur en juin 2013. Construit autour de sa géographie natale, cette géographie devient intime, le paysage est matière, le paysage est corps, le paysage est écriture, l’écriture dessine un paysage sur la page , dans l’imaginaire.

« Au commencement le monde est fendu. Au commencement il y a la fente, la Santoire et sa mouillure vive au fond de la vallée qu’elle a creusée. » p 9
 » Aujourd’hui encore, cette métaphore du fil tendu et du piquet me vient très naturellement quand il s’agit de dire le travail de la phrase, et le juste équilibre à trouver entre majuscule initiale et point final ».p 17

« Le corps immuable du pays s’inscrit dans ma mémoire et dans mon corps qui grandit et devient, entre dix ans et dix-huit ans; c’est un corps à corps; ça se fait évidemment à mon insu, ça me traverse et je ne choisis pas; la poussée des choses est sourde et puissante, organique et considérable; elle commande et c’est tout. » p 20
« Ces mots relèveraient de la toilette intime du pays, creux trous bosses plis secrets, on ne les écrit pas, on n’en a pas besoin; je peine aujourd’hui à leur trouver un juste équivalent, précis et efficace, dans la langue officielle et écrire coustir ici pour la première fois est indécent. » p 24
 » Je garde seulement la sensation très dense et précise de m’être laissé nourrir, voire bercer, voire consoler, par ce que je n’appelle pas encore les choses vertes, arbres vent lumière air saison ciel vent recommencé rivière arbres toujours. » p 25
 » D’ailleurs, avant d’écrire, d’oser écrire, pendant très longtemps, j’ai pensé que, si un jour j’écrivais, je prendrais ce pseudonyme de Santoire, je suivrais les eaux de la rivière d’enfance qui part et demeure à la fois; je ne l’ai pas fait, j’ai gardé mon nom, celui du père, où coule aussi l’eau vivace de la source latine. » p 34

 » Je sais seulement que la regardeuse d’enfance est devenue une travailleuse du verbe, assise à l’établi pour tout donner à voir en noir et blanc sur la page des livres. Il s’agit, par le truchement du matériau verbal, d’habiter la page comme on habiterait un pays… » p 45

A ce stade de la nuit

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serveimage-9Ce livre a été écrit par Maylis de Kérangal durant l’hiver 2014. Elle est invitée par la FACIM à Chamonix, invitation assortie là encore d’une demande de texte pour la collection »Paysages écrits » chez Guérin.
Ce livre sonde un nom propre Lampedusa, il feuillette son épaisseur sémantique, il le traverse, ou comment un toponyme gorgé d’un imaginaire cinématographique, voluptueux, mélancolique, devient en une nuit le nom du nauifrage, de la mort, celui d’une honte européenne: un nom politique. A la première personne, une femme dans sa cuisine, une nuit , la radio.
C’est un texte qui permet à l’auteur d’éclaircir la portée du paysage dans son imaginaire, paysage comme vecteur et résultante de l’écriture, les lieux comme moteur du récit, la présence magnétique des noms propres.

Femmes et sport

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serveimage-15Maylis de  Kérangal 2009.
L’auteur aime mélanger les styles et le thème qui l’inspire beaucoup c’est le sport . Elle écrit plusieurs livres sur le sport, au moment où elle écrit d’autres textes, d’autres romans, comme dans les rapides et corniche Kennedy. Elle poursuit l’exploration du motif sportif en le déplaçant sur le terrain du genre : femmes et sport écrit en 2009. Ce livre s’interroge sur l’émancipation des filles par le sport mais aussi le renouveau du sport,ses pratiques, ses représentations. Ces filles sportives, ce sont aussi ses héroïnes.