image        Marie et Jean sont les derniers descendants de la famille Santoire, ils vivent reclus dans une petite ferme du Cantal où leur famille a longtemps travaillé. Réfractaires aux évolutions technologiques du monde moderne, ils observent d’un mauvais oeil les familles des fermes voisines tout en étant fascinés par leurs modes de vie fantasques. Ecrasés par un héritage familial lourd ( une succession de décès) et obsédés par le meurtre d’une pauvre jeune fille , l’Alice, retrouvée sans vie dans les bois, Marie et Jean vivent une vie d’ennui. Ce livre est raconté du point de vue de Marie, ce sont ses souvenirs pleins de regrets et de rancoeurs qui évoquent un monde paysan en train de mourir ;  ce sont les derniers indiens .En parallèle l’évocation des voisins montre un monde paysan qui change , d’autres valeurs morales apparaissent.

On retrouve chez Marie-Hélène Lafon un style ciselé et un travail sur la forme signifiant : pas de division en chapitres mais des paragraphes qui alternent récit sur la vie des Santoire et récit sur les voisins. Une écriture comme un souffle , une respiration celle de Marie, comme des versets , d’où un travail  exemplaire sur la virgule, la ponctuation.

Marie c’est un prénom qui rappelle celui de l’auteur et qui rappelle la dimension autobiographique de ce livre. Elle aurait pu être cette Marie si elle était née 30 ans plus tôt. Cependant , la narratrice ne dit pas «je» , elle prend une certaine distance tout de même avec ce qu’elle raconte. Marie, prénom catholique qui rappelle l’éducation religieuse de MH Lafon.
Marie est obsédée par le meurtre de l’Alice, c’est pourquoi dans toute le livre cela revient comme une obsession, la disparition des vêtements, le corps nu et blanc dans les bois. Il y a des ressassements, des répétitions comme dans la mémoire, les souvenirs : Qui a tué l’Alice ? Vous le saurez … peut-être.

         
 
                                                                                                        ✻ ✻ ✻
 

imageAdèle est conductrice de navette scolaire sur un plateau très isolé, en altitude. Elle transporte une dizaine d’enfants et d’adolescents, essentiellement des fratries, dont les histoires se mêlent à la sienne. Pendant les trajets, dans les intempéries, ses souvenirs, ses pensées, glissent sur les routes écartées, pendant que grands et petits parlent, se disputent, se taisent. Elle se souvient de son corps mal ajusté, de sa propre adolescence douloureuse. Adèle est une fille née dans un corps de garçon. Ni « ses » grands ni « ses » petits, n’ont connaissance de son passé. Elle est née au milieu du plateau, à la « ferme du fond », aujourd’hui disparue sous une retenue d’eau. Elle y a vécu avec ses parents et son petit frère, Axel, puis elle est partie, avant de revenir au pays dans son nouveau corps : personne ne l’a reconnue. Elle conduit sa vie et la navette entre ce lac artificiel, recouvrant l’enfance, et un autre lac, naturel et volcanique, auprès duquel elle aime s’arrêter. Elle pense à son frère. Il n’a jamais accepté la féminité de son aîné. Axel est travailleur sur cordes, il conforte les falaises qui soutiennent le plateau. Il refuse de la voir, de lui parler. Une paroi rocheuse s’écroule, Axel s’en sort avec une phalange brisée, mais quelque chose en lui s’est fissuré. Adèle descend le voir et le dialogue reprend. Un après-midi d’hiver, la tourmente et les congères brouillent la route de la navette au retour du collège. Adèle et ses grands se perdent. Ils se réfugient pour la nuit dans une grotte au bord du lac volcanique… On retrouve dans ce nouveau roman ce qui fait l’originalité d’Emmanuelle Pagano : une conscience aiguë des corps et des mouvements visibles ou secrets de ces corps, une langue imagée et apparemment familière mais en réalité discrètement sophistiquée, une connaissance profonde de la nature, des forces qui la traversent.

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Le livre débute sur un mariage, celui de Lise. c’est son frère Sam qui raconte avec dans la voix comme une douleur. C’est que Sam n’est pas vraiment le frère de Lise… Ils rêvaient tous deux d’Amérique, de dollards mais Lise n’était que call-girl pour riches hommes désoeuvrés. Ce mariage , c’est celui de Lise avec Henri un commissaire-priseur de cinquante, veuf et riche. Tout d’un coup, les « states » deviennent visibles et Henri le pigeon rêvé. Mais tout ne se passera pas comme prévu… Tanguy Viel touche encore là à des sujets sensibles , les faux-frères, le mari, l’amant , les codes sociaux. Ses phrases, pleines de douleur et d’ironie possèdent une beauté qui fait mal: c’est le roman fatal de la perte irrémédiable. Magistral derrière cette apparente banale histoire policière.

« Je me suis demandé si c’était à cause de Chostakovitch, à cause de la même valse épuisée,mais quand j’ai compris qu’il y avait du chagrin là-dedans, quand j’ai compris ton visage qui s’inscrivait maintenant en surimpression sur le pare-brise, je me suis effondré. Avec la télécommande au volant, par quelle pulsion de haine j’ai mis le volume à fond. Le luxe absolu, j’ai pensé. Je crois que j’ai chantonné sur l’air de la valse. Et je te voyais encore, Lise, dans la nuit bleue, je te voyais mais dans ma tête il n’y avait plus rien. La valse épuisée peut-être. Le mot dollar. Le mot nuit. Le mot soeur peut-être. »

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th-1Brigitte Giraud nous invite à traverser 67 fragments et 1 nouvelle comme autant de pulsations, elle écrit le journal intime du mouvement amoureux, elle dit simplement cette langue universelle qui touche plus qu’elle ne parle, qui a comme points cardinaux le désir et l’attente mais aussi l’arrachement et la perte.

Fabio Viscogliosi fait entrer en résonance sa musique avec  l’écriture de Brigitte Giraud, le dvd inséré dans l’ouvrage traduit cette complicité et nous donne envie de fièvre et de souffle, puisque je sens bien comme je respire pour deux.http://www.youtube.com/watch?v=e7kHhih3yco

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imageL’œuvre de Lang débute par une section intitulée « Les voix ». L’auteur évoque toutes ces personnes victimes du 11 septembre qui, quelques minutes avant de mourir, appellent leur famille ou laissent des messages sur le répondeur de leurs proches. La parole est aussi donnée à ceux qui ont reçu ces appels, ceux qui ont été les derniers interlocuteurs des victimes. L’auteur énumère ensuite sur quatre pages les noms de certaines victimes, leur âge, ainsi que l’endroit de leur décès. C’est seulement après ces deux sections, par analepse, que le narrateur débute son récit, sur la route 93 vers les réserves indiennes. Luc a rendez-vous dans une réserve chez Ee-Nees-Too-Wah-See, avec qui il souhaite partager des éléments de la culture Flathead et Blackfeet. C’est chez lui que Luc est témoin, le lendemain, des événements du 11 septembre, au moment du petit déjeuner, devant la télévision. L’incrédulité fait rapidement place à l’horreur au moment où les tours s’effondrent, puis à une certaine fascination pour ces images qui montrent en boucle les attentats. Luc décide de partir de la maison de Ee-Nees-Too-Wah-See, comprenant que ses recherches sur les cultures indiennes sont remises en cause par ce qui vient de se passer. Il se remet en route afin de rejoindre des amis. Durant tout le trajet, il se perd dans des digressions et dresse un portrait de l’Amérique avec ses 4 x 4, ses hamburgers mais surtout ce 11 septembre. Luc est très critique quant aux réactions des Américains qui parlent du 11 septembre comme d’un Pearl Harbour, et rappelle que si un parallèle doit être fait, en ce qui concerne la mort de civils, ce devrait être avec le génocide indien ou encore avec Nagasaki et Hiroshima. Il remet en cause, de la même manière, les médias tant américains que français et fait de l’ironie avec « Double V Bouche et sa bande » qui, selon lui, veulent « diriger la planète ». Loin de toute démagogie, c’est par des propos parfois très durs, mais réalistes, que Luc Lang parvient à écrire le 11 septembre, aussi bien sur le plan géopolitique que social, entre critique d’une société et hommage aux victimes.

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