Archives de Catégorie: théâtre

L’envol des cigognes

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Troisième opus de Simon Abkarian après Pénélope , Ô Pénélope et Le Dernier Jour du Jeûne9782330073008 qui évoque un pays déchiré par une guerre civile où l’on sent bien à travers les mots qu’il s’agit d’une guerre au nom d’une religion, d’un côté les extrémistes, de l’autre des gens tolérants et généreux. C’est du côté de ces derniers que se trouve la famille de Nouritsa, la mère et de Théos, le père, famille exemplaire car symbolisant une nation toute entière avec ses enfants, ceux qui combattent (Astrig la fille et son mari Aris), ceux qui fondent des familles et qui fuient le pays en guerre pour mieux le reconstruire ailleurs (Zéla, la fille ainée et Xénos le mari étranger). Cette famille va recueillir Orna, jeune fille emblématique de tous les crimes de guerre, violée et torturée pendant de longues journées qui a réussi à s’enfuir, trompant la vigilance de ses bourreaux. Elle va faire le récit de son calvaire et la famille de Nouritsa la vengera , tuant à son tour les bourreaux.
Cette pièce de théâtre en  5 actes , prenante grâce à l’écriture métaphorique, poétique de Simon Abkarian, dévoile ces destins comme autant de tragédies universelles et intemporelles où certains hommes à jamais peuvent faire preuve de barbarie et d’autres de grandeur d’âme et de sacrifice.

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La Cantatrice Chauve

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serveimage J’ai relu La Cantatrice Chauve de Ionesco, courte pièce, ou plutôt anti pièce puisque son auteur déconstruit ce qui fait le théâtre et ses conventions , d’écriture et de mise en scène. Tout d’abord, pas de sujet précis Mr et Mme Smith reçoivent Mr et Mme Jones chez eux, il y a Mary la bonne et arrive le capitaine des pompiers. Ils parlent de rien , enchaînant des répliques sans contenu cohérent , simplement animées par des intentions, la colère, la séduction, la politesse forcée… Des didascalies à la fois précises et floues: un intérieur anglais, une horloge, une porte où l’on sonne. Les répliques des Smith du début  à la fin sont reprises par le couple John, comment si les personnages n’avaient pas d’identité, comme s’ils étaient interchangeables; il n’y a donc pas de construction psychologique des personnages. C’est une déconstruction dans les années 50 du théâtre bourgeois , du théâtre de boulevard : le théâtre de l’absurde critiquant les fausses postures de la bourgeoisie et le caractère vain de leurs discussions, de leurs préoccupations.
La mise en scène de cette pièce a souvent essayé de représenter sur scène ce côté ridicule de la bourgeoisie et ses références au théâtre. Une représentation fameuse, celle de Jean-Luc Lagarce. http://fresques.ina.fr/en-scenes/fiche-media/Scenes00216/la-cantatrice-chauve-mise-en-scene-par-jean-luc-lagarce.html
Laurent Pelly au TNT en Mars 2016 en a donné sa version

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Décor anglais : pièce toute en profondeur tendue sol et murs de tissus écossais, intérieur bourgeois constitué d’une multitude de fauteuils jaunes modernes identiques, dont on peut moduler l’agencement. Une porte au fond s’ouvrant et se fermant grâce à un système sophistiqué composé d’un digicode et d’un écran de surveillance. Décor rappelant Mon Oncle de Jacques Tati. Les personnages aussi avec leur costume : combinaison bleu pétrole pour Mme Smith, robe verte pour Mme Jones, chaussures à talon genre escarpins de couleur argentée ou dorée, costumes-cravates pour les hommes, que des stéréotypes. Comme si nous assistions à une comédie de la bourgeoisie en train de recevoir ses voisins, de la comédie dans la comédie. Le jeu des acteurs est assez nuancé, un peu caricaturé mais pas trop , évitant le rire facile .
Une vidéo du spectacle :https://www.youtube.com/watch?v=-NpzPObZyyE
Le dossier pédagogique : http://www.tnt-cite.com/custom/upload/contenu//Dossier_pedagogique_Cantatrice.pdf
Interview de Ionesco : https://www.youtube.com/watch?v=Qih8bwcfh1U

ça ira(1) Fin de Louis

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image-loader.phpUne Création théâtrale de Joël Pommerat, texte et mise en scène extraordinaires Octobre 2015 TNT.
Les 1200 députés aux Etats Généraux sont divisés en trois assemblées qui correspondent aux trois catégories sociales de la population française: l’église, la noblesse et le tiers-état.Ces trois assemblées peuvent s’allier entre elles pour créer une majorité. L’Eglise et la noblesse s’allient naturellement depuis toujours. Il y a 60 districts en ce qui concerne la catégorie sociale nommée Tiers Etat. Ces districts élisent des délégués qui élisent eux-mêmes les députés qui les représenteront aux Etats généraux. La Noblesse et le clergé élisent leurs députés sur un mode presque comparable. Certains districts électoraux continuent de se réunir après les élections: des assemblées de quartier se constituent spontanément face à la crise des Etats généraux et aux menaces que le pouvoir fait peser sur la population jugée trop contestataire.
En choisissant ce sujet, Joël Pommerat nous plonge à l’intérieur d’une aventure politique fondatrice de notre société contemporaine: l’avènement de la démocratie.
En dehors des grandes figures et des stéréotypes historiques, l’auteur donne à voir ce processus « révolutionnaire » comme un mouvement collectif, profondément lié à des questions philosophiques et morales conflictuelles.
Si reconstitution il y a , c’est au sens d’une recherche de concret pour faire réapparaître ces événements comme pour la première fois.
Sujet ardu et 3h15 de spectacle mais pas une minute d’ennui. Superbe !

Présentation par Joël Pommerat http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Ca-ira-1-fin-de-Louis/videos/

Entretien avec Joël Pommerat http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Ca-ira-1-fin-de-Louis/videos/media/Ca-ira-1-Fin-de-Louis?autostart

Présentation par Jean-Pierre Jourdain, directeur artistique http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Ca-ira-1-fin-de-Louis/videos/media/Interview-video-de-Jean-Pierre-Jourdain-sur-ca-ira-1-Fin-de-Louis?autostart

Interview de Saadia Bentaieb, comédienne http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Ca-ira-1-fin-de-Louis/videos/media/Interview-pianopanier-de-Saadia-Bentaieb?autostart

l’Histoire

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product_9782070740758_195x320Texte inachevé de Gombrowicz.
“Hitler n’existe pas !
Il n’y a pas de Hitler !
Ah ! si l’on pouvait découvrir
Qu’il n’y a pas de Hitler !”
L’été 1939, alors que la Pologne se prépare au pire, le jeune Witold doit faire face à sa famille qui se lamente de ses fréquentations, de son irresponsabilité, de son peu de goût pour la vie adulte. Witold se tait, il rêve d’atteindre le lieu où se crée l’Histoire dont il pense pouvoir changer le cours… Reprenant le fil d’une pièce inachevée de Gombrowicz, Christophe Honoré lui associe le Journal et les écrits polémiques de l’auteur polonais, notamment son célèbre Contre les poètes. Après Nouveau Roman, pour continuer à inventer une forme de théâtre impure, joyeuse, vivace, quoi de mieux que l’Immaturité, thème cher à Gombrowicz ? L’immature, c’est selon lui l’être sans forme, en devenir, l’inachevé permanent – l’adolescent caché en tout adulte qui ne demande qu’à surgir… Fidèle à son écriture de plateau, Christophe Honoré demandera à ses comédiens de constituer deux groupes, d’abord un trio adolescent, sensuel, amoureux, pur et ensuite le clan des adultes, image figée de la Famille, se métamorphosant bientôt en figures historiques : Mussolini, Daladier, Staline, mais aussi en philosophes : Hegel, Kojève, Derrida… sans oublier, dernier en date, Francis Fukuyama, connu par ses thèses sur la fin de l’Histoire. Ils apporteront leur contribution à la question posée : que veut dire aujourd’hui, pour une génération épargnée par la guerre, avoir sa place dans l’Histoire ?
Christophe Honoré signe une très bonne mise en scène, souvent décriée parce que séduisante et attendue mais j’ai adhéré totalement à ce rythme, à ces performances d’acteurs, au décor. Mise en scène à la fois grave et désopilante.

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Vidéo teaser http://www.theatre-video.net/embed/2JOR8wbT

Interview de Christophe Honoré http://www.theatre-video.net/embed/9dwqCw65

Yvonne, Princesse de Bourgogne

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serveimage-2Texte de Witold Gombrowicz, texte cruel sur le pouvoir.
Icône littéraire polonaise, Witold Gombrowicz n’a pas toujours été compris de ses contemporains. Révolutionnaire empreint d’humour et de légèreté, il dénonce les hommes enfermés dans l’étroitesse d’une culture qui empêche de penser. Sous un classicisme trompeur, il dynamite les codes traditionnels : les héros n’en sont pas, les parfaits débordent de défauts. Il s’amuse ici à gratter le vernis de la cour en plaçant au centre une figure atone, antithèse du personnage théâtral. Comment le vide appelle-t-il le plein de théâtre ? C’est là tout l’enjeu de Jacques Vincey qui n’est pas à un défi près, lui qui fit passer avec brio le faux pour le vrai dans La Vie est un rêve. Les amis du prince Philippe pensent se distraire quand ils rencontrent l’apathique et repoussante Yvonne. Mais le prince se veut un esprit libre et décide d’en faire sa fiancée. Introduite à la cour, elle réveille la haine et révèle aux autres leurs propres vices. Tous rêvent de tuer l’intruse, dont la laideur et le mutisme renvoient à l’illusion de leurs équilibres de façade. Dans ce jeu de miroir, la turpitude des hommes est démasquée. L’univers de l’ordonnance se déglingue sur le grand théâtre du monde.
Mise en scène de Jacques Vincey en 2015 à la SNA très décevante qui réduit cette pièce tragique en une farce ridicule où l’on rit de manière caricaturale, trop snob.

 Dossier pédagogique http://www.theatre71.com/IMG/pdf/dospeda_yvonne.pdf

vidéo du spectacle http://www.theatre-video.net/video/Yvonne-Princesse-de-Bourgogne-m-e-s-Jacques-Vincey-bande-annonce

Interview de Jacques Vincey http://www.theatre-video.net/video/Yvonne-Princesse-de-Bourgogne-de-W-Gombrowicz-Entretien-avec-J-Vincey?autostart

La cerisaie

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9782742739462Classique Techekov par excellence. A son retour de Paris, Lioubov Andreevna a la joie de retrouver sa cerisaie, sa maison et domaine familial. Mais la réalité de la Russie a changé, il faut vendre son domaine et, avec lui, la cerisaie qui en fait le raffinement et la beauté. Les arbres seront abattus et la maison rasée pour que de nouveaux résidents recommencent leur vie dans des datchas flambant neuves. La Cerisaie , c’est la Russie de la fin du XIXème siècle, celle des aristocrates, une russie vieillissante et inadaptée au monde moderne des marchands . A la fois drame et farce car chacun y va de sa petite partition bouffonne.

Cette année 2016 , elle a été présentée au TNT dans une mise en scène de Benedetti qui a déjà monté la Mouette et Les Trois soeurs.
Interview de Christian Benedetti http://www.theatre-video.net/video/Interview-de-Christian-Benedetti?autostart

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Autre mise en scène, celle de Gilles Bouillon à la Scène Nationale d’Albi en Janvier 2016

http://www.theatre-video.net/video/tmpurl_JNAjvNwg

 

 

Roberto Zucco

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    ClickHandler-2Bernard-Marie Koltès écrit en 1988 cette pièce sur Roberto Succo, un tueur en série qui à 15 ans a tué son père et sa mère. Il a été interné. Mais il était tellement normal qu’on l’a relâché, il a même fait des études à l’université. A 26 ans, il a tué 6 personnes, dans l’espace d’un mois, puis deux mois de cavale. Il finit en se suicidant dans l’hôpital psychiatrique, de la même manière qu’il avait tué son père.
Koltès a vu son arrestation à la télé, il était au milieu des gardiens et un journaliste lui a posé une question idiote. Il a répondu : « Quand je pense que je pourrais prendre cinq gardiens dans la main et les écraser. Je ne le fais pas, uniquement parce que mon seul rêve, c’est la liberté de courir dans la rue ». Il a trouvé cette phrase sublime.Et , une demi-heure après il avait échappé aux mains de ses gardiens. Sur le toit de la prison, il se déshabillait et il insultait le monde entier. Koltès a trouvé ce personnage mythique, pendant sa cavale , son portrait était placardé partout, Koltès le trouvait très beau.ClickHandler-1
Dans sa pièce, Koltès prend ses distances avec le fait-divers: il  fait exister Zucco grâce à ses rencontres, d’abord avec la gamine, un couple formé au hasard et aussitôt défait. Deux courses , deux évasions , comme des tentatives d’échapper à sa famille. Le monde décrit est comme un labyrinthe dont on n’arrive pas à s’échapper. Ensuite la rencontre avec la Dame élégante dont Roberto Zucco tue le fils sur un malentendu. Et ce meurtre-là fait basculer dans une autre réalité où chacun, confronté à ce qu’il fait, dit ce qu’il pense, aux yeux du monde. Zucco devient l’ennemi public numéro 1 et finit dans la mort.
Dans la mise en scène de Richard Brunel au TNT en Janvier 2016, Pio Marmaï excelle tout en tant tension, violence et séduction.
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teaser du spectacle https://vimeo.com/144744565