Archives de Catégorie: romans de l’Est

Un fils de notre temps

Par défaut

9782070779697FS      un_fils_de_notre_temps

 

Ce texte achevé en 1938, peu avant la mort abrupte de Horvath, montre comment on peut se laisser prendre par une idéologie, en l’occurrence ici, le système nazi. C’est un jeune chômeur qui s’engage dans l’armée, fasciné par l’espoir d’un monde où il aura sa place , où il sera reconnu en tant qu’homme. C’est un texte aussi un peu fantasmatique où le jeune héros rencontre une jeune femme au guichet d’un château hanté, à la foire, peuplée de monstres, comme une métaphore de son pays exterminateur. Ce jeune homme , blessé, quittera l’armée et tuera à son tour par un réflexe d’auto-défense pour venger une jeune fille, un sursaut de culpabilité et un désir de justice. Il se laissera mourir, ensevelir sous la neige. Il n’a été qu’un jeune de son époque, « un fils de notre temps », son exemple servira t-il aux générations futures.

 

Ce texte mis en scène au TNT par Jean Bellorini est dit par 4 comédiens,  bidouilleurs de sons, musiciens,  ensemble ils racontent l’histoire d’Un fils de notre temps, celle d’un paumé, un paumé qui s’engage.  Il s’agit du monologue intérieur  porté par la voix, la sensibilité et l’imaginaire de quatre comédiens. Tour à tour chœur ou orchestre – violon, trompette, claviers et guitare sont présents sur la scène –, le quatuor déploie dans une commune respiration la diversité des résonances personnelles que le propos suscite et, par là, en révèle l’universalité. Loin d’uniformiser les individualités, le groupe permet aussi l’intimité de la confession, le surgissement de visions singulières. Destiné à des espaces non théâtraux, le plateau est nu. Seuls quatre ventilateurs ponctuent le cadre d’une parole dont les comédiens peignent toutes les couleurs, oscillant entre incarnation et évocation. Reste alors à laisser l’image apparaître dans l’âme de l’assistance… Attendre ce moment d’équilibre par lequel l’acteur passe – comme l’étoile filante laisse une trace dans le ciel – lorsqu’il devient poète.

 » Il faut que j’écrive ce livre. Ça urge, ça urge ! Je n’ai pas le temps de lire de gros livres, car je suis pauvre, et il me faut travailler pour gagner ma vie, manger, dormir. Moi aussi, je ne suis qu’un fils de notre temps… « 

UN_FILS-C__Durand_-_053

Publicités

Le livre noir

Par défaut

url-2

Prix Nobel pour cet auteur turc, Orhan Pamuk, envoûtant dans sa quête et son errance.

Pendant une semaine, jour et nuit dans Istanbul, un jeune avocat Galip, part à la recherche de sa femme Ruya qu’il aime depuis l’enfance et qui lui a laissé une lettre mystérieuse: est-ce un jeu ? un adieu ? Dans le fol espoir de la retrouver, il fouille ses souvenirs et le passé militant de Ruya. Il lit et relit les écrits de Djelal, le demi-frère de sa femme, un homme secret qu’il admire. Mais lui aussi semble avoir disparu . A la recherche des 2 êtres qu’il aime, Galip est en même temps en quête de sa propre identité et bientôt de celle d’Istanbul, présentée ici sous un aspect singulier : toujours enneigée, boueuse et ambiguë, insaisissable.

 

l’homme est un grand faisan sur terre

Par défaut

url-1

Prix Nobel 2009, Herta Müller est roumaine , réfugiée en Allemagne; Son livre est écrit en allemand et est d’une force inouïe.

Roumanie. Depuis que le meunier Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n’a-t-il pas tort. Les chants sont tristes, on voit la mort au fond des tasses, et chacun doit faire la putain pour vivre, a fortiori pour émigrer. Windisch a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie se donne au milicien et au pasteur, dans le même but. Un jour, ils partiront par l’ornière grise et lézardée que Windisch empruntait pour rentrer du moulin. Plus tard, ils reviendront, un jour d’été, en visite, revêtus des vêtements qu’on porte à l’Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l’ornière de leur village, avec des objets de l’Ouest, signe de leur réussite sociale, et, « sur la joue de Windisch, une larme de verre ».

Etre sans destin

Par défaut

41ZJDQECTELLà aussi, c’est grâce au théâtre que j’ai découvert Imre Kertesz, écrivain hongrois, lors d’une représentation époustouflante et bouleversante au TNT de Toulouse, avec Jean-Quentin Châtelain dans un monologue à partir de « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas ». Prix Nobel de Littérature.

Après Si c’est un homme de Primo Lévi, je me demandais si on pouvait encore écrire sur les camps. Ce livre de Kertesz est différent mais fascinant . Ce livre raconte ce qu’a vécu un adolescent de son arrestation à Budapest à la libération du camp. C’est parce que c’est un adolescent que le regard est particulier : il apprend à avoir un instinct de survie qui le fait composer avec l’horreur. Donc ce livre a fait scandale, sa parole était inaudible au temps de la victimisation à outrance. Qu’advient-il de l’humanité de l’homme quand il est privé de tout destin? Cette oeuvre , dont l’élaboration a requis un travail inimaginable de distanciation et de mémoire , dérange car il montre le fonctionnement du totalitarisme et un univers concentrationnaire pas toujours manichéen.

Le grand cahier

Par défaut

b45774f22305219782020257817

Un choc quand j’ai lu cette trilogie, suite à une représentation théâtrale à la Scène Nationale d’Albi intitulé « Gemelos » par une troupe chilienne la compagnie Teatrocinema, spectacle en espagnol ! Cette troupe y a vu une image de la dictature de Pinochet. Or c’est bel et bien une écrivaine hongroise, Agota Kristof, qui a écrit ces livres , en français, langue de son exil.

Klaus et Lucas sont jumeaux. La ville est en guerre et ils sont envoyés à la campagne chez leur grand-mère. Une grand-mère affreuse, sale et méchante qui leur mènera la vie dure. Pour surmonter cette atrocité, Klaus et Lucas vont entreprendre seuls une étrange éducation. Dans un style enfantin et cruel, chaque événement de leur existence sera consigné dans « un grand cahier ».

Une trop bruyante solitude

Par défaut

9782221109847Ecrivain tchèque né à Brno en 1914

 

Quand j’ai invité Luc Lang à venir à Albi en Juillet 2013, je lui ai envoyé notre petit book et l’éditorial (reproduit en page d’accueil « Qui sommes-nous? ») lui a plu et lui a rappelé ce livre de Bohumil Hrabal.

Depuis 35 ans, Hanta écrase de vieux livres sous une presse hydraulique. Il écrase, il boit, il écrase. Il soliloque en déambulant dans Prague, quotidienne et fantastique. Cette culture qu’il est chargé de détruire, il s’est donné mission de la sauver. Dans l’avalanche de livre qui se déversent dans sa cave, il fait son choix, arrachant les uns à la mort, réservant à d’autres un traitement moins ignominieux. Ainsi faisant, il est bien loin d’atteindre les normes qui lui sont imposées. Rejeté, abandonné de tous, il ne lui reste qu’à rejoindre ses livres bien-aimés…