Bondrée

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Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux Etats-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no-man’s and englobant un lac, Boundary pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisé Moose Trap, le Piège de l’original, après avoir constaté que les originaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégées au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. Bondrée comprend aussi plusieurs hectares de forêts appelés Peter’s Woods, du nom de Pierre Landry, un trappeur canuck installé dans la région au début des années 40 pour fuir la guerre, pour fuir la mort en la donnant. C’est dans cet eden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets, forçant Landry à se réfugier au fond des bois, jusqu’à ce que la beauté d’une femme nommée Maggie Harrison ne l’incite à revenir rôder près du lac et que l’engrenage qui alait transformer son paradis en enfer se mette en branle.

Tel est le prologue de ce roman extrèmement bien ficelé , au rythme haletant qui confère au lieu , la solution du drame qui va s’y dérouler. La pregnance de la nature sur les êtres qui y vivent donne à cette histoire une atmosphère parfumée, humide et liquide: à l’été 1967, deux jeunes filles provocantes, aguicheuses et très belles se retrouvent déchiquetées par des pièges à loups comme si leur beauté était par trop injuste aux yeux du commun des mortels. Sont-ce les profondeurs de la forêt, les anciens pièges du trappeur qui se vengent ? ou un tueur qui court à travers les bois de Bondrée ? L’écriture est dense, énergique, pleine d’angoisse et d’ironie, mélange de termes américains et québécois qui ancrent les personnages dans leur décor entre deux pays. La petite fille de 10 ans qui observe tous ces drames s’appelle Andrée (comme l’auteur), elle est comme le troisième oeil de l’inspecteur et s’exprime dans une langue savoureuse, comme quand elle raconte sa première cigarette:
Le craquement de l’allumette avait répandu son odeur de soufre sous le pin, j’avais inspiré profondément et je m’étais étouffée d’aplomb au milieu du nuage de boucane qui avait envahi l’air humide pour y stagner tel un brouillard de matin frais. Ça goûtait  le diable mais puisque c’était censé être bon, j’avais pris une deuxième bouffée, sans inhaler, cette fois, ce qui m’avait permis de lâcher le fuck que je retenais depuis si longtemps, les lèvres ourlées sur la fumée et la tête ridiculement rejetée en arrière, comme Marilyn Monroe…

Un très bon roman original qui renouvelle le genre.

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